Des seins et des regards

braless_robefleurieAu fil et à mesure de ma déconstruction, mon rapport à mon corps a énormément changer. Pour ce qui est de ma poitrine, la perception que j’en ai a radicalement changée.

D’abord au primaire je regardais les filles qui développaient déjà de la poitrine et j’étais un peu jalouxe de leur popularité. La mienne aussi s’est développée éventuellement… pour devenir un 34A. Pour les gens d’Europe qui me lisent, je crois que ça correspond environ à du 75A. C’est pas grand-chose.

J’avais cependant une amie qui avait une poitrine encore plus petite que la mienne… Sauf qu’elle était très mince, très grande, ses cheveux étaient très lisses… et elle était vraiment très belle. Bref, elle avait largement de quoi compenser. Alors que moi bah je m’habillais mal, je suis pas très grand·e, pas gros·se mais pas particulièrement mince non plus, mes cheveux sont naturellement très bouclés mais comme à l’époque je savais pas comment m’en occuper ils étaient vraiment pas très beaux. En plus d’être super maladroit·e (et évidemment mon amie, elle, elle était super agile, du genre qu’elle faisait des acrobaties comme au cirque). Je me sentais trop laid·e et je croyais que je méritais l’amour ou l’amitié de personne.

Le problème ce n’était pas non plus seulement la taille de mes seins, mais surtout leur forme. Voyez-vous, dans les médias, on représente toujours le même type de seins : bien ronds, bien symétriques, bien haut, ni trop gros ni trop petit, surtout pas avec des vergetures. Or, moi j’ai tout le contraire de ça et je suis loin d’être la seule personne à avoir des seins qui ne correspondent pas du tout à cette image. En premier lieux parce que ça correspond pas mal à des seins de jeune personne et que bah manifestement on est pas toustes jeunes. Ensuite, parce que dès qu’on voit une paire de seins qui ne correspond pas exactement à cette norme, ils y correspondent quand même sur plusieurs points. Vous en voyez beaucoup vous des seins tubéreux, asymétriques, tombants, très petits ou très gros et avec des vergetures, tout ça en même temps? Si en plus on ajoute à ça que y’a des gens qui ont des cicatrices sur la poitrine, comme par exemple des cicatrices d’opérations au coeur (coucou) ou du cancer du sein, bah bonne chance trouver des images qui nous représentent.

Dans mon cas, j’ai une cicatrice d’opération au coeur qui passe sous mon aisselle gauche et elle touche un peu par la même occasion à mon sein gauche… Et je ne sais si c’est lié à ça, mais mon sein gauche est beaucoup plus tombant que le droit. Sauf j’ai l’impression que c’est le cas, puisque clairement les muscles en dessous ont été sectionnés et surtout parce que je suis incapable de faire des push-ups, ça tire beaucoup trop au niveau de ma cicatrice et j’ai toujours l’impression qu’elle est sur le point de déchirer.

Donc avec tout ça, je ressentais le besoin de mettre des soutien-gorges très rembourrés. Non seulement pour donner l’impression d’avoir de plus gros seins, mais aussi pour avoir des seins ronds et symétriques. J’avais terriblement peur de sortir sans rien et qu’on voit mes seins « bizarres ». Ainsi, pendant des années, c’est ce que j’ai fait. Avec le temps, très doucement, j’ai commencé à m’accepter un peu plus. Mais un jour un garçon qui voulait me faire du mal a parlé de mes seins « difformes » et ça m’est resté dans la tête. Clairement c’était absolument gratuit et il voulait juste me blesser… et ça a fonctionné.

Ce qui m’a vraiment aidé, ça a clairement été de cesser de porter un soutien-gorge. D’ailleurs c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser au féminisme (et au véganisme par extension) de plus près. Je sais pas trop comment, mais un jour j’ai pris conscience que je mettais plus vraiment de soutien-gorge lorsque j’étais chez moi, mais que j’en mettais pour sortir. Alors, je me suis mis·e à faire des recherches et j’ai compris qu’il n’y avait aucune raison médicale à porter un soutien-gorge, c’est purement une norme esthétique. Et comme toute norme esthétique, je crois qu’on devrait être libre de faire les choix qui nous conviennent.

Or mettre des soutien-gorges ça ne me convenait pas du tout. Ça me causait manifestement des problèmes psychologiques, puisque je n’arrivais pas à accepter la forme naturelle de mes seins, mais aussi carrément physiques, car ça me faisait mal au dos en plus de me donner une mauvaise posture (qui à son tour augmente les douleurs au dos, youpi!).

Donc j’ai arrêté d’en mettre vers octobre 2014. Suite à ça, j’ai rejoint des groupes sur ce thème sur Facebook et je me suis rapproché·e des milieux féministes et militants. Ce qui a fait en sorte éventuellement que j’ai entendu parler pour la première fois de la non-binarité dans le genre. Je connaissais déjà des trans « binaires », mais je ne savais pas qu’on pouvait être autre chose qu’un homme ou une femme. Je savais que je n’étais pas un homme, donc pour moi, être femme, c’était mon identité « par défaut ». Ça a été l’illumination. À partir de là, j’ai sérieusement commencé à réfléchir à mon identité de genre et c’est comme ça que ma vision du corps humain a commencé à changer.

Et par extension, la vision que j’ai de mon propre corps. Aujourd’hui, ça me fait vraiment bizarre de mettre un soutien-gorge. Esthétiquement, je trouve ça intéressant, mais je me sens pas moi-même. Tandis qu’avec un binder (un sous-vêtement pour compresser la poitrine notamment utiliser par les hommes trans et les personnes non-binaires AFAB), ça me plait esthétiquement et je me sens bien. Bon, c’est pas le truc le plus confortable au monde, on se le cachera pas. Le mieux reste définitivement de ne rien mettre. Mais j’oserais dire que je préfère mettre un binder plutôt qu’un soutien-gorge, puisqu’on moins le binder compresse de manière plus égale, alors qu’un soutien-gorge crée des points de pression. Il faut aussi que je mentionne que j’ai celui de la marque GC2B, qui est considéré comme l’une des marques les plus confortables dans le milieux (et que j’étais un peu entre deux grandeurs et que j’ai choisi la plus grande).

Je crois que j’ai juste vraiment essayer de me conformer à une norme sans y parvenir. Et maintenant je n’ai tout simplement plus l’envie de m’en inquiéter. Je suis très loin de mettre un binder à tous les jours et je ne met plus jamais de soutien-gorge, tout simplement parce que j’adore être confortable. Lorsque je me regarde nu·e dans le miroir, je ne me dis plus ce que ma poitrine devrait être. Ma poitrine est celle d’une personne non-binaire donc elle peut littéralement ressembler à n’importe quoi. J’aurais bien sûr pu avoir la même réflexion si j’avais eu une poitrine de femme cis, mais je ne sais pas si j’en serais venu·e à cette conclusion si je n’avais pas chercher à déconstruire mon propre cissexisme intériorisé. Ou peut-être que ça m’aurait pris beaucoup plus de temps.

Je serais malhonnête si je ne mentionnais pas le fait que mon copain m’a énormément aidé là-dessus aussi. Quand il dit qu’il aime mes seins et qu’il les trouve beau, il semble réellement sincère. La plupart des gens (surtout des hommes cis) me disaient que mes seins étaient beaux « quand même »… Jamais « beaux » tout simplement. C’est là la grande différence. Mieux encore, mon copain m’a même déjà dit que mes seins sont parfaits. Ça met un peu un pansement sur la blessure laissé par le dude qui m’avait dit que mes seins sont difformes. C’est super le travail sur soi-même, mais c’est vraiment génial lorsqu’on nous donne un peu d’aide aussi.

En résumé, c’est un mélange de pas mal d’éléments qui ont faits en sorte que j’apprécie un peu plus ma poitrine. Ce n’est pas encore parfait, bien sûr que non. J’ai de l’acné depuis pas mal d’années entre mes seins et je déteste ça, je me sens pas super à l’aise de mettre des décolletés pour cette raison. Bien sûr, ici je n’ai parlé que de ma propre expérience de personne non-binaire qui ne ressent pas de dysphorie par rapport à sa poitrine. N’y voyez surtout pas une injonction à aimer sa poitrine peu importe les circonstances, ce n’est absolument pas le cas. Je souhaitais en parler ici car je n’ai pas vu beaucoup de témoignages similaires au mien. Mes seins sont petits, oui, mais c’est beaucoup, beaucoup plus complexe que ça. J’espère avoir contribué, au moins un tout petit peu, à votre propre réflexion :3

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