Le makeup shaming : se maquiller, mais pas trop!

Aaaaahh, le maquillage! C’est probablement l’une des choses sur lesquelles on reçoit le plus d’injonctions, voir des injonctions contradictoire. Je pourrais résumer ces injonctions à ceci : si tu es une femme, ou perçu·e en tant que femme, il faut que tu porte du maquillage, mais pas trop, il faut que ça ait l’air naturel, et si tu es un homme, ou perçu·e comme tel, alors n’y touche surtout pas! Et c’est probablement l’un des trucs que je trouve les plus étranges et qui me met particulièrement en colère. Avant toute chose, il faut que je précise que, personnellement, j’adooooooooooore le maquillage. C’est vraiment une très grande passion. Je suis également une personne trans non-binaire, qui a été assigné·e fille à la naissance et qui est encore perçu·e comme tel à l’heure actuelle.

Par contre, je trouve ça tout de suite beaucoup moins intéressant lorsque je sens que je suis implicitement obligé·e d’en mettre, et qu’il ne faudrait surtout pas que j’aille l’air d’en avoir beaucoup. Ça brime ma créativité et je n’ai donc absolument pas envie d’en mettre, mais pourtant j’en met, puisqu’il faut « bien paraître »… Je peux pas arriver à une entrevue d’embauche avec mes boutons et mes cernes, ça n’aurait pas l’air assez « professionnel ».

Je trouve cela tellement dommage, puisque, pour moi, le maquillage est avant toute chose un moyen d’expression artistique. Nous ne sommes pas toustes des artistes et même parmi les artistes, nous ne pratiquons pas toustes le même art.Alors, pourquoi, mais pourquoi transformer une passion en obligation?! Ça me met en colère. Je me dis que si c’était moins imposer aux femmes et à celleux perçu·e·s en tant que femme, il y aurait probablement plus de gens qui se découvriraient une passion. Si seulement on arrêtait aussi d’associer le maquillage aux filles, ou même aux hommes cis-gais. Si les grandes compagnies cosmétiques étaient plus inclusives des personnes racisées…

Par chance, les milieux un peu plus underground sont généralement plus inclusifs. La plupart de mes artistes maquilleur·euse·s préféré·e·s tombent d’ailleurs rarement dans les injonctions. Je suis du même avis que plusieurs d’entre-elleux : le maquillage n’a pas de règles.

T’aimes pas mettre du fond de teint? N’en met pas! D’accord, en tant que personne qui a souffert d’acné modérée, ça peut vraiment être plus difficile lorsqu’on a pas une aussi belle peau que cette artiste. C’est juste pour dire que ça ne devrait pas être une obligation!

jkissa

[Artiste : Jkissa]

Sauf que, parfois, tu veux tout simplement que les gens remarquent autre chose chez toi que ton acné…

thataylaa

[Artiste : thataylaa]

Ou même tes cicatrices…

corey.jpg

[Artiste : Corey Allen Nichols]

shalom

[Artiste : Shalom]

Et là, je fais exprès de montrer des photos avant/après assez spectaculaire, parce que vous vous dites sûrement, ou du moins vous l’avez sûrement déjà penser : « mais ce n’est pas la même personne! ».En fait, surprise surprise, maquillé·e ou pas, nous restons la même personne… Ce n’est qu’un masque qu’on enlève le soir avant se coucher, comme on enlève ses vêtements, qui ne sont pas vraiment différents qu’un costume, au fond. Nous demeurons la même personne, avec les mêmes désirs, les mêmes peurs, et le·s même·s identité·s de genre.

patrickstarr.jpg

[Artiste : Patrick Starr, un homme cis]

ofherbsandaltars

[Artiste : ofherbsandaltars, un garçon trans, genderqueer et Asperger (son pronom : il)]

stef.jpg

[Artiste : Stef Sanjati, une femme trans (à l’époque de la photo, elle se définissait en tant que genderfluid), atteinte du syndrome de Waardenburg, ce qui explique ses traits uniques!]

Arrêtez de supposer que l’on se maquille parce que nous sommes complexé·e·s, c’est loin d’être la majorité des gens qui le fond pour cette raison. Et puis, au pire, si une certaine personne se maquille effectivement parce qu’elle est complexée par son apparence… qu’est-ce que ça change? Comme si toute les personnes qui ne se maquillent par étaient 100% à l’aise avec leur apparence physique…

De plus, peut-être que vous préférez les personnes « au naturel », ou au contraire, vous nous préféré·e·s maquillé·e·s, peu importe. Votre opinion, sérieux, on s’en contre-calice. C’est tellement pas mieux de remplacer une injonction par une autre injonction contraire.

Voici un superbe exemple de mansplaining par Gabriel Luneau. Il s’est excusé depuis, mais quand même, c’est une perle cette vidéo! Et bon ses excuses étaient un peu… molles. Il dit qu’il a déjà plus de « respect » pour le maquillage artistique… Mais en fait, on en a pas besoin, de son « respect ».

Par exemple, ici, Nikkie a fait une transformation très glamour, mais ce n’est rien de particulièrement original… Sauf que ça reste magnifique, elle a décidément énormément de talent!

nikkie.jpg

[Artiste : Nikkie]

Ou ici, un maquillage encore plus simple, mais wow, cet illuminateur! Elle brille! Et vous savez quoi? Ce n’est probablement même pas pour une occasion spéciale, ou du moins, je le suppose par son habillement décontracté…

blackwood.jpg

[Artiste : Aaliyah Blackwood]

Sauf qu’on a vraiment besoin d’avoir une raison pour se maquiller? Et si on en avait pas besoin? Ça peut être difficile de commencer à se maquiller lorsque ce n’est pas dans nos habitudes, et encore beaucoup plus difficile si on est perçu·e en tant qu’homme, et franchement, je trouve ça triste. Clairement, c’est comme une nouvelle coupe de cheveux, c’est probable que les gens soient surpris par notre changement d’apparence… Mais on pourrait pas arrêter d’en faire un cas? Je me répète : on reste exactement la même personne, peu importe le nombre de couches qu’on a sur le visage.

Ou alors, pourquoi pas commenter les compétences de la personne plutôt que son apparence? Par exemple, à la place de dire : « oh, tu t’es maquillé·e aujourd’hui? Mais t’es trop joli·e! », pourquoi ne pas dire : « oh cette couleur de rouge à lèvre est magnifique, tu as fait un très bon choix! ». Comme ça, on évite de valider la personne sur son apparence physique et on l’encourage plutôt à développer son talent et son intérêt. De plus, si on peut toujours offrir des conseils sans tomber dans les injonctions, c’est à dire que l’on demande à la personne si elle en veut avant de lui en donner.

Pour finir, je dirais que le maquillage, ça ne fait de mal à personne, en autant qu’il soit végane. En effet, je crois que tant qu’on ne fait de mal à personne, on peut bien faire ce que l’on veut. Je recommande donc fortement à toute personne s’intéressant au maquillage à se renseigner au sujet des tests sur les animaux, et bien sûr à choisir des marques non-cruelles (cruelty-free). Ce n’est pas comme l’alimentation, il n’y absolument aucune raison d’acheter du maquillage testé sur les animaux. Il s’agit de prendre le temps de faire une petite recherche avant d’acheter du maquillage. Pour en savoir plus, je vous invite à aller consulter ces sites : Leaping Bunny, Logical Harmony, My Beauty Bunny, la liste de PETA, une liste de vernis à ongle véganes ainsi que ce blog faisant la promotion de marques non-cruelles disponible au Canada. Si vous avez d’autres liens à ajouter à cette liste, merci de me les mentionner en commentaire!

En bref, faites ce que vous voulez avec votre visage et laissez ceux des autres en paix 😉

Le makeup shaming : se maquiller, mais pas trop!

L’aliénation, la misogynie intériorisée et les féministes cis

Cette fois-ci, je sens que je vais vraiment me faire haïr. Ou du moins, certaines vont m’haïr, et peut-être que certaines vont saisir 2-3 trucs importants. Vous remarquerez que j’utilise ici le féminin. En effet, cet article s’adresse aux femmes cis et féministes. Je vous préviens, ça risque d’être désagréable à lire. La déconstruction, c’est rarement agréable en fait, puisque ça vient ébranler pas mal de nos préjugés et préconceptions.

Vous êtes prévenues.

Bon, d’abord, une petite mise en contexte s’impose. Je suis donc une personne non-binaire, qui a été assigné·e fille à la naissance. Je ne suis pas hormoné·e, j’ai une expression de genre qui est perçu·e comme étant très « féminine » et jusqu’à récemment, j’avais de longs cheveux bouclés. Ainsi, dans la rue, 99% des gens pensent que je suis une fille. Même depuis que je me suis rasé·e les cheveux, j’ai systématiquement droit à un « mademoiselle » quand je rentre dans un magasin. Je n’ai donc aucun privilège masculin d’aucune manière et je subis tout autant le sexisme que n’importe quelle femme cis. Voilà. Ça, c’était pour que vous compreniez un peu ma situation actuelle.

Maintenant, je vais essayer de vous expliquer un peu d’où je viens. Comme pas mal d’assigné·e·s filles, j’ai souvent dit « ne pas être comme les autres filles ». Sauf que c’était plus que ça. Je détestais les filles. Et oui, je suis vraiment en train d’écrire ça. J’avais vraiment beaucoup de misogynie intériorisée. Je ne prétend pas en être exempt·e aujourd’hui, tout comme je ne prétend pas d’ailleurs ne pas avoir avoir d’autres oppressions intériorisées (par exemple le cissexisme et la psychophobie).

Je m’excuse, ce qui va suivre est assez violent. Mais je veux être honnête (et si des TERF passe par là, soyez honnête aussi et ne me citez pas hors contexte).

La voix des filles m’écorchaient les oreilles. Dès que j’entendais une voix trop aiguë, j’étais immédiatement tendu·e et facilement irritable. Tout ce qui était « féminin » était dévalorisé par ma famille. Comme la société l’associait fortement aux filles, et puisque je voulais me tenir éloigner d’elles et de tout ce qui s’en rapproche, j’ai donc appris à mépriser les parfums, le maquillage, les manucures, le rose, les talons hauts, etc. Et évidemment, je méprisais les filles et les femmes qui se conformaient à ces stéréotypes.

Et ça a été comme ça jusque vers mes 17-18 ans. Je ne sais pas trop pourquoi ni exactement comment, mais j’ai commencé à me laisser le droit d’aimer des trucs dits « féminins ». C’est peut-être en partie parce que j’étais dans un cégep composé à 80% d’assigné·e·s filles. Peut-être aussi parce que j’ai commencé à m’ouvrir un peu plus au féminisme. Mais ce n’est qu’à 21 ans que j’ai réellement mis les pieds dans l’univers virtuel militant. Comme j’en parle dans cet article, c’est d’abord en me questionnant sur mon rapport à ma poitrine et aux soutien-gorges que je me suis rapprocher du milieux féministe. Rapidement, j’ai croisé des personnes non-binaires et j’ai débuté ma déconstruction sur les identités de genre, pour en venir à la conclusion que je n’étais pas une fille cis.

Et c’est seulement à partir de ce moment que j’ai commencé pleinement à me laisser le droit d’avoir les intérêts que je voulais. J’ai pleinement embrassé ma grande passion pour le maquillage et même que récemment, j’ai acheté des vêtements… roses! J’avais déjà eu les cheveux roses, mais à mon sens, ce n’est pas la même chose. Bref. Maintenant, je me laisse le droit de faire ce que je veux. Et si ce n’est pas une forme de libération, je ne sais sincèrement pas qu’est-ce qui pourrait l’être plus. Le genre n’est pas une chaîne. Les stéréotypes le sont et le mépris pour les stéréotypes « féminins » nuit grandement à toustes les assigné·e·s filles et aux personnes trans. La force du féminisme, du moins une certaine branche du féminisme un peu plus mainstream (pour le meilleur et pour le pire), c’est, je crois, de se réapproprié la féminité et de la mettre en valeur. Une féminité qui n’est pas exclusive aux femmes (cis comme trans) mais qui est réellement inclusive.

Et c’est précisément là où ça coince. Même si j’accepte mieux ma part de féminité, que je refuse de dévaloriser ce qui est considéré comme étant « féminin » et que je comprend en quoi c’est important d’en être fier·e… et bien, je ne suis toujours pas une fille pour autant. C’est un peu difficile à expliquer, mais c’est juste qu’au final, ça sonne faux. J’ai tenté de décrire mon genre du mieux que j’ai pu, sauf que ça n’explique pas vraiment pourquoi je me sens ainsi. Tout ce que je sais, c’est que depuis que j’ai mis des mots sur mon ressenti, d’un côté je me sens mieux, mais d’un autre, toute remarque cissexiste m’atteint cent fois plus qu’avant.

Ainsi, lorsque je me retrouve dans un espace majoritairement composé de femmes cis, ça peut devenir rapidement très aliénant. J’ai l’impression de manger un coup de pelle à chaque fois que je lis quelque chose comme « allo les filles » ou « les femmes [situation X] » (alors qu’on parle d’une situation que je vis aussi). À un moment donné, j’en peux juste plus du tout. C’est indécent aussi de me dire que je devrais me sentir inclus·e dans un pluriel féminin. Évidemment, je dis pas que c’est mieux d’inclure tout le monde dans un pluriel masculin, mais alors pas du tout. L’écriture inclusive, ça sert précisément à ça, à arrêter de considéré le masculin comme étant le « par défaut » et d’inclure les femmes et les personnes non-binaires. Je sais bien non plus qu’on peut pas s’attendre à ce que tout le monde maîtrise l’écriture inclusive. Mais pourquoi devoir absolument dire « les femmes » plutôt que « les gens » ou « les personnes »? Pour vous, les femmes cis, c’est un réflexe à modifier, alors que pour nous, les personnes trans, c’est un coup de pelle en moins dans notre journée. Nous sommes constamment marginalisé·e·s dans la société. Alors, lorsqu’on arrive dans un espace féministe qui se veut safe, et bien on a cette drôle d’idée de penser que les gens vont faire un minimum d’effort pour qu’on s’y sente inclus·es. Ça fait mal lorsqu’on se rend compte que ce n’est pas le cas. Imaginez deux secondes ce que ça fait de penser être dans un espace où notre parole sera prise en compte et respectée, pour se rendre qu’en fait ce n’est pas vraiment le cas.

Je l’ai dit plus haut, mais j’avais un problème avec les « autres » filles, en plus d’être anti-féministe. Je pense que, bien que ça soit en partie parce c’est mal vu par les médias de masse d’être féministe, c’était aussi parce que, encore là, je ne me sentais pas inclus·e. Et c’est terrible, parce que ça exclu des personnes concernées par le sexisme. C’est pour ça que la représentation, c’est extrêmement important. C’est important de sentir qu’on existe et qu’on reconnaît notre existence. C’est important de sentir que notre parole est prise en compte.

C’est difficile de parler lorsque t’es trop occupé·e à devoir constamment rappeler que tu existes. Même que j’en viens à me sentir mal, parce que j’ai l’impression de ne parler que de cissexisme et pas assez de sexisme. Sauf que j’ai plus ou moins le choix, j’en ai l’impression. Je ne peux pas faire comme si ça ne faisait pas partie de ma réalité. Ça serait clairement plus facile à expliquer et plus simple à comprendre. Des nuances, ça rajoute toujours une touche de complexité. Mais je peux juste pas. J’aurais encore l’impression de cacher une partie de mon identité, alors que je suis forcé·e de la cacher 95% du temps dans la vraie vie, parce que je ne suis pas out auprès de la plupart des gens. Alors, je le rappelle encore et encore que nous existons. Et j’invite les femmes cis à le faire aussi. Par exemple, vous partagez une publication qui parle de menstruations et qui l’associe aux femmes (cis), et bien, vous pouvez la partager en mentionnant tout de même qu’elle est cissexiste. L’important, c’est de le dire. Peut-être qu’un jour, on va l’avoir tellement répéter que le message va finir par être entendu.

Je veux juste qu’on arrête de faire comme si le féminisme ne concernait que les femmes. Ça concerne toute personne qui n’est pas un homme cis. On a pas à accepter d’être réduit·e·s à notre assignation de naissance parce que c’est plus pratique pour parler de sexisme et pour lutter contre le patriarcat. Nous ne sommes pas des concerné·e·s de second plan, nous subissions tout autant le patriarcat que n’importe quelle femme cis, alors nous avons définitivement notre place dans le mouvement. Êtes-vous prêtes à nous laisser cette place? C’est là où tout se joue.

L’aliénation, la misogynie intériorisée et les féministes cis

Le flux libre instinctif

Avertissement de contenu : Menstruations, sang

Plusieurs personnes en ont entendu parler, mais peu de gens ont tenté l’expérience, et donc, assez peu de témoignages existent. Et vu le sujet, vous vous doutez bien que, malheureusement, la majorité de ces témoignages, si ce n’est la totalité, viennent de femmes cis. Alors, je vous propose de vous parlez du Flux libre instinctif, ou FLI en plus court, du point de vue d’une personne non-binaire qui éprouve beaucoup de dysphorie par rapport à ses menstruations.

D’abord, il me semble nécessaire de résumer un peu ma situation et mon ressenti par rapport à mes règles. Je souffre du trouble dysphorique prémenstruel et de dysménorrhée (menstruations douloureuses). Au moins, mes menstruations sont peu abondantes… c’est déjà ça! Mais sinon, j’ai toujours eu des menstruations méga chiantes. Sans rentrer dans les détails, j’ai vécu mes premières menstruations lors d’un événement extrêmement traumatisant, et donc ça restera probablement toujours un moment stressant et désagréable pour moi. Ceci étant dit, mes menstruations sont moins douloureuses qu’avant. Avant, j’avais beau prendre de puissants anti-inflammatoires prescrits, c’était comme prendre de l’eau. C’était très loin d’être suffisant. Ce qui m’a aidé, ça a été d’aller voir un chiropracticien, étrangement. Maintenant, je peux m’endurer avec du naproxen (naproxen sodique pour être exact ― au Québec, on peut en avoir sans prescription, mais il faut aller le demander au comptoir, ce n’est pas sur les étagères). Ce n’est pas complètement indolore et la douleur varie selon les cycles, mais j’arrive à être à peu près fonctionnel·le. Si je n’ai pas absolument à sortir, par contre, je ne sors pas.

Concernant le FLI, j’en avais entendu parler il y a quelques mois via une vidéo sur Youtube. En gros, pour celleux qui n’ont aucune idée de ce dont il s’agit, c’est le fait de ne pas porter de protection hygiéniques lors des menstruations, et de laisser le sang couler seulement en allant aux toilettes. Sincèrement, je me suis dit que c’était n’importe quoi et que ça ne pourrait jamais fonctionner avec moi. J’étais extrêmement sceptique. Je trouve encore que certains témoignages ont une drôle de manière d’abord les choses. Par exemple, je ne crois pas qu’on puisse parler « d’incontinence » par rapport à celleux qui ne pratiquent pas le flux libre. Est-ce qu’on est conditionné·e·s à croire qu’on a besoin de protection? Absolument. Mais je ne crois pas que le col de l’utérus fonctionne exactement comme l’urètre pour l’urine ou l’anus pour les selles. Après, je ne suis pas médecin, sauf que voilà, ça me semble un problématique de parler d’incontinence.

Puisque j’ai parlé du col de l’utérus, il serait bien probablement de mentionner que le FLI, ce n’est pas le vagin qu’on contracte. En fait, on ne contracte rien. Ce n’est pas vraiment un truc super conscient et volontaire. Selon mon ressenti, j’ai l’impression que c’est plutôt le col de l’utérus qui s’ouvre et qui se ferme. Parce qu’en fait, ce que je sais, c’est que le sang ne coule pas continuellement, mais plutôt par petits coups. Il s’agit donc d’aller aux toilettes lorsque le sang coule, et ça, ce n’est pas nous qui le décidons. On peut contracter le vagin, mais vraiment pas très longtemps. Le temps de se lever le matin pour courir aux toilettes.

Mais donc, concrètement, comment on fait ça? Ça change selon les gens, d’après ce que j’ai vu. Dans mon cas, c’est tout simplement que j’étais « en crise » de vestibulodynie. Je n’étais pas capable de mettre ma coupe menstruelle et je n’avais pas du tout envie de mettre une serviette. Les serviettes jetables m’irritent et je trouve les serviettes lavables trop épaisses et franchement inconfortable.

J’étais en mode fuck that shit, j’ai pas envie de me faire chier. Alors je me suis dit que j’allais juste rien mettre et que le pire qu’il allait arrivé, c’était que j’allais en mettre partout et puis c’est tout. Mais j’en ai pas mis partout, à mon grand étonnement! Ensuite, j’ai juste continuer à ne rien mettre. Je suis encore assez débutant·e, je m’échappe parfois. Sauf que sincèrement, je m’en fou. Ça n’a jamais transpercé mes pantalons ou quoi que ce soit. Je prends mes culottes « spécial menstruation » et c’est tout. Je suis pas mal certain·e que vous aussi vous avez des sous-vêtements qui servent à ça 😉 J’avais peur aussi que le fait que je prenne des anti-inflammatoires rendent mon sang trop liquide et donc que ça coule trop facilement, mais finalement, ça ne semble pas avoir un si grand impact.

C’est très simple finalement le flux libre instinctif. Il s’agit surtout, je crois, d’être dans un certain état d’esprit, ce dire qu’on a pas besoin de protection et de pas s’en faire si quelques gouttes nous échappe. Ce n’est pas nécessaire non plus d’être super en phase avec son corps ou d’être spirituellement connecté·e à son féminin sacré ou je ne sais quoi encore. Dans mon cas, j’ai juste été « ferme » envers mon corps. J’ai énormément souffert physiquement dans ma vie et j’ai pas mal passé mon enfance dans un hôpital, donc, vraiment, je suis pas quelqu’un qui est à l’aise avec son enveloppe corporelle. Je suis très loin également d’avoir une grande confiance en mes capacités physiques. Tout ça pour dire que c’est vraiment rien d’extraordinaire et je crois que c’est accessible à pas mal de gens, pour autant qu’on tente l’expérience. Puis si ça fonctionne pas bah… ça ne coûte absolument rien!

Pour les premières fois, je vous conseille vraiment de tester en premier chez vous, par contre. Parce que oui, les premières fois, on va aux toilettes au 10 min. Puis à un moment, on se rend compte que ça fait une heure qu’on n’y ait pas aller. Et ainsi de suite! Bon, personnellement, je suis un·e pisse-minute, donc de toute façon, je vais assez souvent aux toilettes, alors ça ne change pas vraiment ma fréquence. Pour la nuit, bah en autant que je ne dorme pas en étoile, tout va bien. Cependant, le matin, il faut vraiment y aller dès qu’on se réveille et c’est là que ça devient utile de contracter un peu le vagin. Souvent, je met aussi un mouchoir entre mes cuisses, comme ça si jamais j’ai pas le temps de me rendre, bah c’est pas plus grave.

Si j’en parle comme si c’était banal, c’est qu’en fait, ça l’est vraiment. C’est beaucoup plus facile qu’on le pense. De plus, ça aide un peu à désacraliser les menstruations, dans le sens où ça devient juste un truc qu’on évacue en même temps du reste, et, dans mon cas, ça m’a aidé aussi à atténuer encore un peu plus mes douleurs (dès que je mettais ma coupe menstruelle, je sentais que ça faisait une pression sur mon utérus et donc j’avais encore plus mal).

En bref, je crois que c’est une alternative à essayer qui gagnerait à être plus connue. J’espère aussi avoir pu l’aborder de manière plus inclusive et que ça va permettre à d’autres gens de se l’approprier, pour que ça n’appartienne plus exclusivement aux femmes cis.

Le flux libre instinctif

Vulvodynie et vestibulodynie, explications sans trace de cissexisme

Contenu : mention de parties génitales, sexualité et anxiété

D’abord, il est important de préciser que je ne suis pas médecin et que je n’ai aucune formation en médecine. Ceci étant dit, je vais parler de ma propre expérience et des informations que j’ai pu obtenir au fils de mes recherches par rapport aux douleurs vulvaires et vaginales.

Étant une personne non-binaire, je trouve très pénible que toutes les sources d’informations sur ce sujet soient systématiquement cissexiste, c’est à dire que l’on assume que toutes les personnes qui éprouvent de telles douleurs sont des femmes, en plus d’être hétéronormatives.

Donc je vous propose de vous informer et d’éviter toute cette merde. Je vais surtout parler ici de vestibulodynie puisque je souffre de cette maladie, et que c’est le type de vulvodynie le plus fréquemment diagnostiqué. Je prévois écrire un second article qui parlera cette fois-ci du vaginisme.

La vulvodynie est définie comme étant  « un inconfort vulvaire chronique, le plus souvent à type de brûlure, sans lésion visible pertinente et sans maladie neurologique cliniquement identifiable », selon Wikipédia. Bon, c’est très vague et ça ne dit pas grand-chose… Et pourtant, c’est pas mal ça, en fait. Ça fait mal, voir très mal, voir extrêmement mal, et on n’a aucune idée pourquoi ça fait si mal.

Les vulvodynies peuvent être primaires ou secondaires. Elles sont dites primaires lorsque les symptômes sont présents dès les premières tentatives de pénétration et secondaires lorsque les symptômes apparaissent après des mois ou des années de relations sexuelles sans douleur. De plus, lorsque je parle de relations sexuelles, je ne parle bien sûr pas seulement d’une pénétration par un pénis : un seul doigt peut faire extrêmement mal, ou même seulement toucher/lécher la vulve. D’ailleurs, personnellement, un doigt peut me faire beaucoup plus mal que quelque chose de plus gros, comme un pénis ou un gode. Je crois que ça tient surtout à l’irrégularité de sa forme plutôt qu’à sa grosseur.

Malheureusement, comme beaucoup de maladies qui touchent exclusivement celleux qui possède un vagin, ces maladies sont très mal comprises auprès des médecins, et de ce fait, il n’y a pas de traitement magique universel qui fonctionne pour toustes. Ça n’aide pas non plus que cette maladie soit totalement invisible. À la limite, pour ce qui est de la vestibulodynie du moins, on peut voir des rougeurs, mais c’est à peu près tout.

Imaginez mon désarrois lorsque, pour comprendre pourquoi j’avais si mal à l’entrée du vagin, j’ai pris mon miroir pour voir ce qui clochait et que je n’ai absolument RIEN vu. Moi qui m’attendais à voir des lésions infectées, à la limite quelques égratignures… Mais non, RIEN.

Il s’est passé plus de 6 mois et j’ai dû consulté deux gynécologues avant d’avoir un diagnostic. Et encore, j’ai été chanceuxe. Pour certain·e·s, ça prend des années (10, 20, 30 ans, voir encore plus) et plusieurs gynécologues différent·e·s (parfois plus de 6-7 différent·e·s) pour parvenir à obtenir un diagnostic.

On m’a prescrit·e une crème, dont je ne me rappelle absolument plus du nom, pour réduire temporairement les douleurs. Mais ce qui m’a le plus aidé·e, ça a définitivement été la rééducation périnéale (également appelé physiothérapie ou kinésithérapie périnéale). Donc en gros, une rééducation des muscles du plancher pelvien, c’est-à-dire les muscles autour du vagin, de l’urètre et de l’anus. Dans mon cas, j’en ai fait pendant 6 mois. Puis par la suite, j’ai suivit une thérapie avec une sexologue pendant un an. Parce que bien que ça soit une maladie physique, le mental peut quand même influencer beaucoup de choses. Je remarque que lorsque je suis vraiment très stressé·e, j’ai souvent une « crise », je recommence à avoir mal à mon vestibule, tout comme j’ai mal au dos durant les mêmes moment de stress. C’est la même chose avec beaucoup de maladies chroniques et la vestibulodynie/vulvodynie n’y échappe pas.

Comme vous l’aurez compris donc, ça peut partir et revenir. Mais, toujours selon ma situation personnelle, ce n’est jamais revenu aussi intense que lorsque j’ai été diagnostiqué. Je n’ai jamais eu besoin de refaire une rééducation périnéale. C’est aussi en partie parce que j’ai trouvé quelques petits trucs maisons pour me soulager avant que ça devienne insupportable.

Je vous propose ainsi de vous le les partager. Ça ne remplace évidemment pas une rééducation périnéale ou une médication prescrite par un·e médecin, mais ça peut toujours dépanner!

  • Se relaxer. Oui, je sais, plus facile à dire qu’à faire. Mais comme je l’ai dit, pour moi, le stress a une énorme influence sur mes douleurs.
  • Appliquer de la teinture glycérée d’hydraste du Canada (PAS celle à base d’alcool!!!) sur les zones douloureuses. On trouve ces teintures en magasin d’aliments naturels. Elle sert à soigner les infections et à soulager l’inflammation (on s’intéresse donc à ses propriétés anti-inflammatoires). En anglais, elle se nomme « goldenseal ».
  • Investir dans un vibrateur. Les vibrations aident à détendre mon périnée et à l’engourdir un peu, ce qui fait que j’ai moins mal. Je ne rentre pas le vibrateur en moi, je ne fait que le laisser entre mes jambes.
  • Les douches froides entre les jambes. Oh yeah, c’est pas suuuuper agréable, mais ça calme un peu l’inflammation et après on se sent un peu mieux!
  • Une douche (froide) après avoir uriner. Ouep, mon urine me fait mal. Il doit y avoir quelque chose qui m’irrite, peut-être un pH trop acide ou basique, je ne sais pas trop. C’est pas une infection urinaire hein, c’est vraiment quand l’urine rentre en contact avec ma vulve. C’est peut-être même les produits chimiques sur le papier de toilette qui m’irritent plutôt que l’urine en tant que telle. Enfin bref!

Vous remarquerez que jusqu’ici, je n’ai pas encore parler de ce qui cause la vestibulodynie / vulvodynie. Eh bien, c’est qu’on ne sait pas trop. Comme je l’ai dit au début, c’est une maladie très mal connue. Ça peut être un ensemble de plusieurs causes. Certain·e·s disent avoir guéri·e·s en arrêtant la pilule contraceptive, donc ça a peut-être un lien avec les hormones (je précise d’ailleurs que je n’utilise pas de contraception hormonale et que je ne suis pas sous testostérone). Certain·e·s disent avoir guéri·e·s en accouchant (bien que je conseillerais pas ça comme un traitement en soit lol). J’aimerais tellement vous donnez plus d’informations, mais personne ne semble vraiment être en mesure de le faire…

Alors, en conclusion, je vous dirais d’essayer d’être bienveillant·e envers vous-mêmes. La société peut vraiment être immonde envers les gens qui ne veulent ou ne peuvent pas avoir de relations sexuelles. C’est à vous de fixer vos propres buts, vous ne ressentez peut-être pas le besoin de parvenir à avoir des pénétrations vaginales et votre ressenti est valide. J’ai surtout parler de relations sexuelles parce que cette maladie a évidemment une grande influence sur cet aspect, sauf que ça affecte aussi quel type de produits hygiéniques on porte lors des menstruations ou la possibilité ou non de faire du vélo, par exemple (encore aujourd’hui, la selle d’un vélo me rent très inconfortable). Quand j’ai été diagnostiqué, j’avais constamment mal, je n’arrivais plus à dormir, donc clairement on peut pas vivre avec ça. Lorsque je voyais une scène érotique dans un film, la première chose qui me venait en tête, c’était la douleur… et ce n’est pas quelque chose avec lequel je vivais bien. Maintenant, il m’arrive parfois d’avoir mal temporairement avant ou après une relation sexuelle avec pénétration, mais la majorité du temps, ça finit par passé tout seul. Dernièrement, j’ai recommencé à avoir des difficultés à ce niveau. Cependant, je crois maintenant souffrir de vaginisme, qui sera l’objet de mon prochain article.

J’espère avoir pu vous renseignez un peu sur la vestibulodynie / vulvodynie en vous épargnant un peu de cissexisme ordinaire (:

 

Vulvodynie et vestibulodynie, explications sans trace de cissexisme

Mon genre? Mon genre à moi, il est violet!

violet_bokeh_by_dyingbeautystock

Source de l’image : http://clarabellafairestock.deviantart.com/art/bring-violet-and-blue-bokeh-112657048


 

Dans cet article, je vais tenter d’expliquer comment je conçois et vis mon identité de genre. Ça m’a pris pas mal de temps pour être capable de la nommer. D’abord, je précise que j’ai été assigné·e fille à la naissance, et que je savais que je n’étais pas un garçon. Alors, pendant longtemps, j’ai été une fille « par défaut ».

Quand j’ai découvert qu’on pouvait être autre chose qu’un garçon ou une fille, j’ai commencé à fouiller en moi pour mieux me comprendre. Sauf que le problème, c’est que plus je lisais sur les définitions d’identités de genre un peu plus « connues » (c’est un bien grand mot dans l’univers des genres non-binaires), plus j’étais confus·e.

Bien que je comprenne de manière théorique et objective ce que c’est d’être agenre, androgyne, genderfluid, demi-girl/demi-boy, etc, voir même femme ou homme, je n’arrive pas à le comprendre de manière viscérale… C’est donc que ça ne me correspond pas vraiment. Ainsi, j’ai décidé d’inventer mon propre genre, qui me correspondrait réellement. J’accorde une grande importance aux mots, j’ai besoin de les « sentir », je ne suis pas satisfait·e sinon. On appel les genres qui ont recourt à une métaphore un xénogenre. Pour en savoir plus sur les xénogenres, je vous invite à aller lire cet article.

Je me définis en tant que transviolet. Oui, je sais, c’est un peu surprenant. Je l’ai d’abord définis ainsi (ce n’est qu’une ébauche) :

Mélange de féminité et de masculinité, donc s’identifiant à un ou plusieurs genres en lien avec le féminin, le masculin et/ou l’androgynie. Un mystère à résoudre et la nécessité d’introspection liée à la recherche de son identité de genre. Accorde de l’importance aux rêves, qui peuvent fournir des réponses à cellui qui est en quête d’ellui-même.

Pour moi le violet, c’est un mélange de bleu et de rose, qui sont des couleurs stéréotypiquement associées aux garçons et aux filles, donc dans ma tête le violet est une couleur neutre puisqu’elle combine les deux. Je me réfère aux stéréotypes de genre justement parce que j’aime jouer avec ces codes. Il y a quelque chose de léger et de féerique dans le violet. Et en même temps, ça symbolise aussi le mystère, la spiritualité et la vie onirique. Par rapport à mon genre, je sais que j’ai besoin de beaucoup d’introspection pour savoir comment je me sens tel ou tel jour… et pourtant j’ai l’impression de ne jamais en être complètement certain·e.

Je nomme mon genre transviolet, parce que ça sonne mieux que genre-violet ou violet-genre, et que ça me rappel transféminin·e/transmasculin·e. Ça donne donne l’impression que je transitionne vers le violet, et c’est un peu ça, j’en ai l’impression, aussi singulier que ça puisse paraître.

Concrètement, la plupart du temps, je fais semblant d’être une fille cis. Sinon, pour les gens un peu plus déconstruits et en qui j’ai confiance, je dis tout simplement que je suis non-binaire. J’explique seulement que je suis transviolet si je me sens en sécurité et écouté·e.

Depuis que je me dis transviolet, je me sens plus en paix. Et, à mon sens, c’est le plus important. Certaines personnes ont une opinion très négative des xénogenres, pour plusieurs raisons. Si tel est le cas pour vous, je vous suggère fortement d’aller lire cet article. Quoi qu’il en soit, moi, ça m’enlève un stress énorme et j’ose enfin me revendiquer trans et militer activement contre la transphobe, le cissexisme et l’enbyphobie (enby = non-binaire). Je ne crois pas blesser qui que ce soit, bien au contraire. Alors voilà.

Je suis transviolet.

Mon genre? Mon genre à moi, il est violet!

Oui, je fais de l’acné. Non, je ne veux pas de conseils

Je ressens un malaise depuis longtemps par rapport à une situation qui se produit constamment lorsque je mentionne que je fais de l’acné. Donc je vais tenter d’analyser et d’expliquer pourquoi ça me gêne, mais c’est possible que parfois je n’arrive pas à trouver les bons mots. Je tiens à préciser que j’ai fait de l’acné modérée au visage jusqu’à très récemment (j’ai commencé à en faire vers 17 ans, j’en ai 22 au moment où j’écris ce texte) et que j’ai encore quelques boutons avant mes règles, en plus d’avoir de l’acné légère en haut de ma poitrine depuis le début de ma puberté.

C’est qu’à chaque fois que je dis que je fais de l’acné, il y a toujours une personne pour me venir me donner des conseils… Alors que je n’ai absolument rien demander. Comprenez-moi bien, je sais très bien que ça part d’une bonne intention et je parle pas dans des cas où je demande explicitement des conseils pour mon acné. Mais je le ressens comme une espèce d’intrusion. Je m’ouvre sur quelque chose qui me fais sentir vulnérable et tout de suite ça part dans les injonctions à essayer tel ou tel truc et les gens s’improvisent dermatologues.

D’ailleurs iels ont toujours LA solution miracle à les entendre, il suffirait d’adopter tel ou tel régime, mettre tel ou tel produit, etc. Alors que selon mon expérience et selon ce que j’ai pu observé chez les autres, il n’y a pas de solution unique qui fonctionne pour toustes. C’est beaucoup d’essais-erreurs, de recherches, et surtout, de patience et de bienveillance envers soi.

La vérité qui fait mal : ça se peut que ça ne parte jamais complètement, ou alors que ça prenne de nombreuses années. Je dirai pas qu’il faut aimer son acné et être fier·e de sa peau malgré tout. Mais je crois qu’il faut être prêt·e à accepter que c’est possible qu’on ne revoit plus jamais notre peau d’avant. C’est décidément un deuil à faire (et je n’emplois pas ce mot à la légère, j’ai vécu plusieurs deuils très difficiles).

Et il y a des jours où je le vis mieux que d’autres. La plupart du temps, mon acné, ou du moins l’acné que j’avais jusqu’à récemment, me laisse à peu près indifférent·e. À d’autres moment, ça me rend triste ou ça me fait chier. Je me dis que ça serait plus facile et plus agréable de me maquillé·e si j’avais pas autant de rougeurs et d’irrégularité à couvrir. En passant, non, ce n’est pas parce qu’on porte une tonne de maquillage que ça cause forcément de l’acné. Est-ce certains ingrédients peuvent bloquer les pores et causer des boutons? Bien sûr. Mais en autant qu’on prenne certaines précautions comme se démaquiller le soir, soigner au minimum sa peau, éviter certains ingrédients et garder ses pinceaux et ses mains propres, ça ne devrait pas causer trop de problèmes.

C’est qu’en fait, je prend ces conseils non-sollicités comme étant une sorte d’intrusion. Voyez-vous, ce n’est pas nécessairement facile de parler d’une partie de son corps qui ne correspond pas aux normes de beauté établies. Je crois qu’en fait c’est assez évident et que la plupart des gens ont déjà vécu cette situation à un moment où à un autre. Mais il faudrait peut-être arrêter de voir ces variations comme étant un problème qu’il faut absolument régler au plus vite. Je suis au courant que c’est un peu différent avec l’acné que disons, par exemple, la grosseur ou la forme des seins, parce que l’acné, c’est carrément une maladie de la peau. Sauf qu’on est d’accord pour dire que ce n’est pas la pire des maladies, non? Je veux dire, en dehors bien sûr de l’impact que ça puisse avoir sur notre estime de soi, et je sais très bien que ça puisse être difficile à vivre, surtout en cas d’acné modérée à sévère, je ne veux absolument pas qu’on pense que je diminue l’impact psychologique que l’acné peut cause, ce n’est pas le cas. Les conséquences de l’acné peuvent être grave, ça peut même aller jusqu’à la dépression. Cependant, les conséquences psychologiques sont directement liées à la manière dont la société perçoit l’acné, et non pas l’acné en tant que telle.

Ainsi, comme je l’ai dit plus haut, mon acné me laisse en général assez indifférent·e… sauf lorsqu’on vient me donner des conseils que je n’ai pas demander. Là, je ressens un peu plus le regard des autres et ça me met franchement mal à l’aise. Donc, c’est très simple : ne donnez pas de conseils lorsqu’ils n’ont pas été sollicités, surtout lorsque ça a un rapport avec la gestion de notre propre corps, parce que ça peut devenir très rapidement très intrusif.

Oui, je fais de l’acné. Non, je ne veux pas de conseils

Des seins et des regards

braless_robefleurieAu fil et à mesure de ma déconstruction, mon rapport à mon corps a énormément changer. Pour ce qui est de ma poitrine, la perception que j’en ai a radicalement changée.

D’abord au primaire je regardais les filles qui développaient déjà de la poitrine et j’étais un peu jalouxe de leur popularité. La mienne aussi s’est développée éventuellement… pour devenir un 34A. Pour les gens d’Europe qui me lisent, je crois que ça correspond environ à du 75A. C’est pas grand-chose.

J’avais cependant une amie qui avait une poitrine encore plus petite que la mienne… Sauf qu’elle était très mince, très grande, ses cheveux étaient très lisses… et elle était vraiment très belle. Bref, elle avait largement de quoi compenser. Alors que moi bah je m’habillais mal, je suis pas très grand·e, pas gros·se mais pas particulièrement mince non plus, mes cheveux sont naturellement très bouclés mais comme à l’époque je savais pas comment m’en occuper ils étaient vraiment pas très beaux. En plus d’être super maladroit·e (et évidemment mon amie, elle, elle était super agile, du genre qu’elle faisait des acrobaties comme au cirque). Je me sentais trop laid·e et je croyais que je méritais l’amour ou l’amitié de personne.

Le problème ce n’était pas non plus seulement la taille de mes seins, mais surtout leur forme. Voyez-vous, dans les médias, on représente toujours le même type de seins : bien ronds, bien symétriques, bien haut, ni trop gros ni trop petit, surtout pas avec des vergetures. Or, moi j’ai tout le contraire de ça et je suis loin d’être la seule personne à avoir des seins qui ne correspondent pas du tout à cette image. En premier lieux parce que ça correspond pas mal à des seins de jeune personne et que bah manifestement on est pas toustes jeunes. Ensuite, parce que dès qu’on voit une paire de seins qui ne correspond pas exactement à cette norme, ils y correspondent quand même sur plusieurs points. Vous en voyez beaucoup vous des seins tubéreux, asymétriques, tombants, très petits ou très gros et avec des vergetures, tout ça en même temps? Si en plus on ajoute à ça que y’a des gens qui ont des cicatrices sur la poitrine, comme par exemple des cicatrices d’opérations au coeur (coucou) ou du cancer du sein, bah bonne chance trouver des images qui nous représentent.

Dans mon cas, j’ai une cicatrice d’opération au coeur qui passe sous mon aisselle gauche et elle touche un peu par la même occasion à mon sein gauche… Et je ne sais si c’est lié à ça, mais mon sein gauche est beaucoup plus tombant que le droit. Sauf j’ai l’impression que c’est le cas, puisque clairement les muscles en dessous ont été sectionnés et surtout parce que je suis incapable de faire des push-ups, ça tire beaucoup trop au niveau de ma cicatrice et j’ai toujours l’impression qu’elle est sur le point de déchirer.

Donc avec tout ça, je ressentais le besoin de mettre des soutien-gorges très rembourrés. Non seulement pour donner l’impression d’avoir de plus gros seins, mais aussi pour avoir des seins ronds et symétriques. J’avais terriblement peur de sortir sans rien et qu’on voit mes seins « bizarres ». Ainsi, pendant des années, c’est ce que j’ai fait. Avec le temps, très doucement, j’ai commencé à m’accepter un peu plus. Mais un jour un garçon qui voulait me faire du mal a parlé de mes seins « difformes » et ça m’est resté dans la tête. Clairement c’était absolument gratuit et il voulait juste me blesser… et ça a fonctionné.

Ce qui m’a vraiment aidé, ça a clairement été de cesser de porter un soutien-gorge. D’ailleurs c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser au féminisme (et au véganisme par extension) de plus près. Je sais pas trop comment, mais un jour j’ai pris conscience que je mettais plus vraiment de soutien-gorge lorsque j’étais chez moi, mais que j’en mettais pour sortir. Alors, je me suis mis·e à faire des recherches et j’ai compris qu’il n’y avait aucune raison médicale à porter un soutien-gorge, c’est purement une norme esthétique. Et comme toute norme esthétique, je crois qu’on devrait être libre de faire les choix qui nous conviennent.

Or mettre des soutien-gorges ça ne me convenait pas du tout. Ça me causait manifestement des problèmes psychologiques, puisque je n’arrivais pas à accepter la forme naturelle de mes seins, mais aussi carrément physiques, car ça me faisait mal au dos en plus de me donner une mauvaise posture (qui à son tour augmente les douleurs au dos, youpi!).

Donc j’ai arrêté d’en mettre vers octobre 2014. Suite à ça, j’ai rejoint des groupes sur ce thème sur Facebook et je me suis rapproché·e des milieux féministes et militants. Ce qui a fait en sorte éventuellement que j’ai entendu parler pour la première fois de la non-binarité dans le genre. Je connaissais déjà des trans « binaires », mais je ne savais pas qu’on pouvait être autre chose qu’un homme ou une femme. Je savais que je n’étais pas un homme, donc pour moi, être femme, c’était mon identité « par défaut ». Ça a été l’illumination. À partir de là, j’ai sérieusement commencé à réfléchir à mon identité de genre et c’est comme ça que ma vision du corps humain a commencé à changer.

Et par extension, la vision que j’ai de mon propre corps. Aujourd’hui, ça me fait vraiment bizarre de mettre un soutien-gorge. Esthétiquement, je trouve ça intéressant, mais je me sens pas moi-même. Tandis qu’avec un binder (un sous-vêtement pour compresser la poitrine notamment utiliser par les hommes trans et les personnes non-binaires AFAB), ça me plait esthétiquement et je me sens bien. Bon, c’est pas le truc le plus confortable au monde, on se le cachera pas. Le mieux reste définitivement de ne rien mettre. Mais j’oserais dire que je préfère mettre un binder plutôt qu’un soutien-gorge, puisqu’on moins le binder compresse de manière plus égale, alors qu’un soutien-gorge crée des points de pression. Il faut aussi que je mentionne que j’ai celui de la marque GC2B, qui est considéré comme l’une des marques les plus confortables dans le milieux (et que j’étais un peu entre deux grandeurs et que j’ai choisi la plus grande).

Je crois que j’ai juste vraiment essayer de me conformer à une norme sans y parvenir. Et maintenant je n’ai tout simplement plus l’envie de m’en inquiéter. Je suis très loin de mettre un binder à tous les jours et je ne met plus jamais de soutien-gorge, tout simplement parce que j’adore être confortable. Lorsque je me regarde nu·e dans le miroir, je ne me dis plus ce que ma poitrine devrait être. Ma poitrine est celle d’une personne non-binaire donc elle peut littéralement ressembler à n’importe quoi. J’aurais bien sûr pu avoir la même réflexion si j’avais eu une poitrine de femme cis, mais je ne sais pas si j’en serais venu·e à cette conclusion si je n’avais pas chercher à déconstruire mon propre cissexisme intériorisé. Ou peut-être que ça m’aurait pris beaucoup plus de temps.

Je serais malhonnête si je ne mentionnais pas le fait que mon copain m’a énormément aidé là-dessus aussi. Quand il dit qu’il aime mes seins et qu’il les trouve beau, il semble réellement sincère. La plupart des gens (surtout des hommes cis) me disaient que mes seins étaient beaux « quand même »… Jamais « beaux » tout simplement. C’est là la grande différence. Mieux encore, mon copain m’a même déjà dit que mes seins sont parfaits. Ça met un peu un pansement sur la blessure laissé par le dude qui m’avait dit que mes seins sont difformes. C’est super le travail sur soi-même, mais c’est vraiment génial lorsqu’on nous donne un peu d’aide aussi.

En résumé, c’est un mélange de pas mal d’éléments qui ont faits en sorte que j’apprécie un peu plus ma poitrine. Ce n’est pas encore parfait, bien sûr que non. J’ai de l’acné depuis pas mal d’années entre mes seins et je déteste ça, je me sens pas super à l’aise de mettre des décolletés pour cette raison. Bien sûr, ici je n’ai parlé que de ma propre expérience de personne non-binaire qui ne ressent pas de dysphorie par rapport à sa poitrine. N’y voyez surtout pas une injonction à aimer sa poitrine peu importe les circonstances, ce n’est absolument pas le cas. Je souhaitais en parler ici car je n’ai pas vu beaucoup de témoignages similaires au mien. Mes seins sont petits, oui, mais c’est beaucoup, beaucoup plus complexe que ça. J’espère avoir contribué, au moins un tout petit peu, à votre propre réflexion :3

Des seins et des regards

Le trouble dysphorique prémenstruel

Contenu : menstruations

Aujourd’hui je vais vous parlez d’une maladie qui me concerne. Comme ça, la prochaine fois qu’on me demande ce que c’est, je pourrai balancer cet article au lieu de la page Wiki peut-être que vous allez découvrir ou mieux comprendre une maladie bien réelle mais très mal connue.

Je vais commencer par parler du syndrome prémenstruel ou SPM. Pour une raison que j’ignore, lorsque je parle du SPM aux camarades français.e.s, iels ne semblent pas comprendre ce dont je parle. C’est pourtant une expression courante en Amérique du Nord. Le SPM, c’est l’ensemble des symptômes qu’un.e assigné.e femme fertile présente avant ses menstruations. Ça inclue toutes sortes de symptômes physiques et psychologiques.

En fait, je ne m’étendrais pas trop sur le SPM, parce qu’il n’existe probablement même pas. C’est, encore une fois, une invention du patriarcat pour silencer et invalider le ressenti de celleux qui ont le malheur d’avoir un utérus.  Les symptômes du SPM sont tellement vagues et nombreux que ça peut être à peu près n’importe quoi. En plus, plusieurs études ont démontré que lorsqu’on demande à celleux qui souffriraient du SPM d’écrire leurs symptômes au cour de leur cycle, on remarque qu’en fait il n’y aucune corrélation avec les symptômes et le moment du cycle. Or, le SPM est censé être durant la phase lutéale du cycle, soit la phase après l’ovulation et avant les règles.

Pour plus d’informations sur le mythe du SPM, je vous met en lien un TEDx d’une psychologue sur le thème du SPM.

D’ailleurs, elle mentionne justement le trouble dysphorique prémenstruel, qui est quant à lui bien réel, quoi que plutôt rare, puisqu’il ne toucherait que 2 à 5% des gens nés avec un utérus (Source). Ça en fait c’est sa bonne nouvelle! L.O.L. Bonne nouvelle pour celleux qui n’en souffrent pas, oui. Pour celleux qui font partis de ce 2 à 5%, c’est une tout autre histoire. Pour qu’un diagnostique du TDPM (trouble dysphorique prémenstruel, en plus court) soit posé, il faut qu’au moins 5 des 11 symptômes soient présents dans la plupart des cycles (Source). Les symptômes touchent surtout l’humeur. On peut devenir très irritable, dépressifve ou anxieuxe. Chez moi, je suis surtout d’humeur dépressive et anxieuse, alors que ma mère était plutôt irritable. Et oui, ma mère avait un TDPM aussi. Enfin, contrairement à moi, elle n’a pas été “officiellement” diagnostiquée, mais c’est pas mal évident qu’elle l’était aussi selon ce qu’elle me dit et selon ce que j’ai pu voir et vivre quand elle entrait dans cette période.

Dans le monde médial, ça ne fait pas consensus si le TDPM est une maladie mentale ou physique. Mais honnêtement, personnellement, ça ne change pas grand-chose à ma vie. Je voudrais juste qu’on reconnaisse notre souffrance et qu’on nous croit lorsqu’on en parle. Il ne faut pas oublier qu’on peut souffrir de d’autres maladies mentales en plus de ça. Souvent, le TDPM peut d’ailleurs accentuer une autre neuroatypie.

Trigger Warning : dépression, suicide, automutilation, anxiété

À partir d’ici, je vais parler de mon ressenti plus explicitement et ce que ça implique dans ma vie. Comme je l’ai dit, on ne vit pas toustes le TDPM de la même manière, sauf qu’il est bien important de comprendre une chose : c’est extrêmement pénible et ça nous empêche de fonctionner normalement. Dans mon cas, je peux être dans ma période de TDPM juqu’à 10 jours avant mes règles + 1-2 jours après le début de mes règles, sur un cycle d’environ 30 jours (je ne suis pas régulier.e)… Donc calculez qu’environ une journée sur trois dans ma vie, je me sens systématiquement vraiment pas bien.

Donc comme je disais, chez moi, ça s’exprime surtout par l’anxiété et un état dépressif, parfois je peux être irritable mais c’est moins marqué que chez d’autres concerné.e.s. Le premier symptôme que je remarque, c’est la sensation d’avoir un point dans la poitrine, de me sentir serré.e, avoir l’impression de ne pas pouvoir bien respirer… Bref, de l’anxiété. Et ça, ça m’arrive même quand tout va bien dans le meilleur des mondes. Alors, quand j’ai des raisons d’être angoissé.e, c’est encore pire.

Au fil des jours, l’anxiété augmente, puis je finis par entrer dans un état dépressif. Je suis déjà hyper sensible en temps normal, sauf que là je deviens méga hyper sensible, si je puis dire. Ça me prend pas grand-chose pour me blesser, mais vraiment pas grand-chose. J’ai l’impression qu’on m’arrache une couche de peau et qu’on me laisse ainsi exposé.e aux éléments et au monde entier. Je m’excuse, c’est violent comme image, mais c’est aussi horrible que ça en a l’air.

C’est pour cette raison que toutes mes tentatives de suicide et mes séances d’automutilations se sont produites durant cette période du cycle.

À. chaque. hostie. de. fois.

Mes chicanes les plus violentes aussi. Comme disais, mes symptômes penchent moins vers l’agressivité, sauf que ma mère, c’était son cas. Et donc, comme on vivait sous le même toit, bah figurez-vous que parfois on avait notre TDPM en même temps.

Je vous laisse imaginer deux secondes.

Je ne souhaite pas rentrer dans les détails, parce que là ça ne concerne pas seulement moi mais aussi un membre de ma famille, sauf que parfois, c’était vraiment, mais vraiment pas beau. Sauf qu’il s’est passé des trucs graves qui ne s’oublient pas. C’est ma mère, je sais qu’elle va toujours m’aimer et je vais toujours l’aimer aussi. Je sais que c’était pas de sa faute et que c’était pas de la mienne non plus, cette saleté de TDPM peut vraiment nous faire perdre totalement le contrôle et ternir, voir gâcher des relations.

Un autre aspect, peut-être moins grave, mais chiant tout de même, c’est une baisse de concentration, voir de compréhension. Des trucs qui me paraissent normalement simples deviennent tout à coup compliqués… puis après mon TDPM, je comprend à nouveau. Les devoirs et les études deviennent des montages infranchissables. Tout devient juste… tellement plus difficile.

De plus, comme je l’ai écrit plus haut, ça peut se rajouter à d’autres trucs. Comme en ce moment, je suis en dépression. J’ai compris que quelque chose n’allait vraiment pas quand j’ai pris conscience que j’avais l’impression d’être constamment dans mon TDPM. D’ailleurs mon copain m’a dit exactement la même chose. Puis quand j’étais dans mon TDPM pour vrai, c’était juste insupportable. J’avais atrocement envie de mourir et je voulais pas que mon copain me laisse seul.e parce que j’avais trop peur de passer à l’acte si on me laissait à moi-même.

Maintenant que je suis sous antidépresseurs, je gère mieux ma dépression, ça m’aide vraiment. Sauf que malheureusement, ça n’aide pas mon TDPM. La prochaine étape, ce serait de trouver des médicaments qui puissent m’aider avec ça. Pour plusieurs raisons, je n’étais pas prêt.e à prendre de la médication pour mon TDPM, sauf qu’à un moment donné, ça sert à rien de souffrir.

Bon voilà, je crois que j’ai fait le tour de la question, du moins, en résumé. Je pourrais en parler encore longtemps, mais je crois que rendu ici, vous avez saisi l’essentiel. Faites juste nous croire quand on vous dit là, maintenant, ça va pas du tout, mais que dans une semaine ça ira probablement (un peu) mieux, aussi surprenant que ça puisse paraître.

Le trouble dysphorique prémenstruel

Le sexe et le genre sont en fait la même chose (mais ne partez pas si vite) [TRADUCTION]

Ce texte est une traduction de l’article “Sex and gender are actually the same thing (but bear with me)”.

En lisant le titre, vous sentez peut-être l’indignation monter en vous en croyant que cet article aura une approche essentialiste du genre. Vous serez apaisé-e-s en sachant que c’est tout à fait le contraire. Mon but en écrivant ceci est de mettre en évidence les idées fausses qui circulent dans les ressources « trans 101 » et « comment être un-e bon allié-e cis », et pourquoi ces idées font plus de mal que de bien pour les personnes trans.

N’importe qui ayant une base dans les questions transidentitaires est probablement familier avec l’expression « le genre et le sexe sont deux choses différentes ».

Bien que l’idée de traiter le sexe et le genre en tant que deux aspects qui ne sont pas reliés entre eux puisse être le résultat d’une tentative de validation et de support pour les identités trans, cela perpétue en fait des croyances problématiques par rapport à la validité de l’assignation sexuelle et de la nature statique du sexe biologique, ce qui empêche les trans et les gens intersexes de pouvoir définir leur propre corps et expériences. Cette manière de penser ne fait rien pour combattre (et va en fait souvent renforcer) la pathologisation, l’aliénation et l’exclusion des personnes trans, surtout les femmes trans, sur la base d’un concept apparemment immuable du « sexe biologique ».

Constructions sociales, constructions sociales partout…

La réalité est que le concept du « sexe biologique » ― avec le genre, l’argent, le code de la route ― est entièrement construit socialement.

Maintenant, votre première réaction est peut-être : « Attends, attends. Les pénis et les vagins existent ! Les parties génitales ne peuvent être des construits sociaux ! »

C’est au moins en partie vrai. Les tissus physiques et les organes, auxquels le sexe a été assigné, ne sont pas construits socialement ; ils existent dans la nature plutôt qu’à travers une conception humaine.

Cependant, des mots comme « pénis » et « vagin » sont socialement construit. L’étude de la médecine est socialement construite. Le critère qui définit arbitrairement ce qui est « normal » ou « anormal » en termes de caractéristiques sexuelles et qui crée une dichotomie entre ce qui est biologiquement « masculin » ou « féminin » est socialement construit. Les attentes, les fonctions et les genres qu’on assigne à ces organes et à ces tissus? Définitivement un construit social. Alors que le but de dire que « le genre et le sexe sont deux choses différentes » pourrait être de démontrer que le genre existe indépendamment du sexe (assigné), le problème réside dans le fait que le sexe ne peut pas exister indépendamment du genre.

Il y a cette idée particulièrement problématique que des mots comme « sexe masculin » et « sexe féminin » décrivent le sexe physique immuable d’une personne et que les mots comme « homme » et « femme » se réfèrent à une identité. Mais c’est faux dans tous les sens pratiques ; pour tous les usages légaux ou sociaux, les mots comme « sexe masculin/féminin » ou « homme/femme » sont utilisés de manière interchangeable, avec connotations sociales interchangeables.

La notion qu’un individu peut valider « l’identité de genre » d’une personne trans, tout en mettant son corps dans la même catégorie que les personnes cisgenres du même sexe assigné, est quelque chose qui a été utilisé pour justifier l’exclusion et la violence envers les femmes trans ainsi que l’aliénation des personnes trans dans les espaces non-mixtes, dont le résultat a été de recevoir de mauvais traitement médicaux, et qui est tout simplement un autre outil de transphobie et de transmisogynie qui permet aux gens de se retourner et de dire « je respecte ton identité, mais en fait tu restes un-e [insérez ici le sexe assigné] ».

Le sexe biologique en tant qu’instrument de la transphobie

Le concept que le sexe assigné est un fait objectif immuable a énormément de répercussions négatives pour les personnes trans, allant des relations interpersonnelles à l’accessibilité aux soins médicaux de base.

Les personnes cis emploient souvent la logique du sexe biologique pour justifier leur attirance ou leur répulsion envers les personnes trans, qui dans les deux cas peuvent être enracinés dans la transphobie. Une lesbienne attirée par un homme trans peut encore se considérer comme ayant le « statut de l’étoile d’or » [note du traducteurice : une lesbienne qui n’a jamais eu de relation sexuelle avec un homme (sic)] si elle considère que son partenaire est « biologiquement de sexe féminin ». Un homme cis-hétérosexuel croit qu’il ne peut aller de l’avant avec son attirance envers une femme trans parce qu’y céder pourrait faire de lui un « gai ».

Le concept du sexe biologique renforce l’homophobie et la pathologisation qui sont inhérents à la transphobie et la transmisogynie institutionnalisées.

Je pourrais écrire un article entier sur le spectacle d’horreur qui survient lorsqu’on applique cette logique à l’intérieur du système pénal et lorsqu’on condamne les personnes trans à leur sexe assigné, mais je crois cette fiche descriptive par Just Detention International peut lever le voile sur cet aspect pour moi.

Et ne me faites pas partir sur toute cette affaire de « sexe = biologie, genre = psychologie » puisque cette idée évacue complètement les personnes intersexes de la réflexion (considérant qu’une proportion démesurée de personnes trans sont intersexes).

Qu’est-ce que ça veut dire d’avoir un « corps masculin » ou un « corps féminin » ? Est-ce que ces catégories intrinsèquement dyadiques ? Est-ce qu’elles dépendent seulement de notre assignation à la naissance ? De nos hormones ? De nos parties génitales ? Est-ce qu’une femme trans non-opérée qui a suivi une hormonothérapie pendant des années appartient encore à la même catégorie « biologique » qu’un homme cis ? Est-ce qu’il y a un moment, via une intervention médicale ou une reconnaissance légale, où une personne cesse d’être membre d’un certain sexe biologique et devient un sexe officiellement désigné et socialement reconnu ? Où est-ce que les personnes intersexes se situent dans tout ça ? Le concept en entier est foireux et s’effondre devant la moindre inspection.

Si quelqu’un s’identifie au genre masculin, alors il est masculin et son corps est masculin. Si quelqu’un s’identifie au genre féminin, alors elle est féminine et son corps est féminin. Je m’identifie en tant qu’androgyne, je suis androgyne et mon corps et mon sexe sont (vous l’avez deviné) aussi androgynes ― peu importe mes décisions médicales ou le statut de ma transition.

Le but de l’inclusivité trans n’est pas de concéder à la nature d’autodétermination du genre tout en considérant comme inébranlable le construit social du sexe biologique, et en fait que c’est deux chose ne peuvent pas exister en tandem. Les personnes trans ne peuvent pas véritablement avoir le pouvoir d’autodéterminer leur genre sauf si iels ont aussi le pouvoir d’autodéterminer leur corps en alignement avec leur genre.

Les faits avérés

C’est habituellement le moment où nos pairs ayant une pensée scientifique se feront un devoir de nous pointer les faits avérés : les corps masculins et féminins ont des différences physiques qui demandent des soins médicaux différents ! Vous ne pouvez pas changer les chromosomes que vous avez ! Les besoins médicaux d’une personne trans ne sera jamais semblable à celle d’une personne cis du même genre ! Nous avons besoin d’avoir ces critères physiques rigides ! Pour la santé ! Pour la science !

*soupir*

Premièrement, ce que nous savons à propos des différences intrinsèques entre la physiologie masculine et féminine, c’est surtout que nous en savons beaucoup moins que nous le croyions. Les recherches récentes ont démontrées qu’il n’y a pas de différence significative dans la structure des cerveaux féminins ou masculins et que les chromosomes ne déterminent pas le développement sexuel, et d’autres choses encore que nous considérions avant comme étant des « faits avérés » ne sont finalement que des spéculations obsolètes.

C’est presque comme si la binarité genre/sexe avait été inventée par les gens qui ont ensuite fabriqués des qualificatifs artificiels pour la renforcer, qui ont ensuite évolués vers la biologie, la médecine et la psychologie. Hmmm. Étrange.

En réalité, les besoins médicaux de tout le monde sont différents. Oui, un homme trans et un homme cis n’auront jamais exactement les mêmes besoins médicaux, mais aussi un homme valide aura des besoins différents de ceux d’un homme avec un handicap, et il existe même certaines différences dans les traitements médicaux chez les différentes ethnies. En fait, seulement une petite partie de nos traitements médicaux sont affectés par ce que nous avons entre nos jambes, et lorsque ça devient pertinent dans un traitement médical, cela doit être discuté au cas par cas de toute façon.

Les différences dans les besoins médicaux entre une personne trans et une personne cis dont l’état de santé est similaire sont largement négligeables. Ils deviennent encore plus négligeables si la personne trans concernée suit une hormonothérapie, puisqu’il y a plus de problèmes médicaux influencés par vos hormones actuelles (comme la densité des os et des muscles, les risques de maladies cardiaques, le cholestérol, la calvitie et le SPM) qu’il y en a qui sont directement influencés par les parties génitales avec lesquelles vous sommes né-e-s.

L’idée que le genre existe indépendamment du sexe et que les personnes trans doivent être regroupées dans leur sexe assigné de force pour des raisons médicales ne peut que causer un grave mauvais traitement des patient-e-s trans, en plus d’une confusion générale pour l’équipe médicale.

Plus nous examinons la logique qui supporte l’idée que le sexe biologique et l’identité de genre sont deux facteurs indépendants et sans rapport, plus il devient apparent que ce concept est plus un outil utile pour les personnes cis qui veulent paraître inclusives tout en étant transphobes, plutôt que quelque chose qui profite réellement aux personnes trans. Alors que c’est une bonne chose d’éduquer les autres par rapport à l’inclusion trans et de s’en faire des allié-e-s, c’est encore plus important que les concepts que nous renforçons nous soient utiles, plutôt qu’être facilement intégrables sous de fausses préconceptions.

Le sexe et le genre sont en fait la même chose (mais ne partez pas si vite) [TRADUCTION]

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]

Ce texte est une traduction de l’article en anglais “Beyond the binary : Yes, nonbinary femmes exist”

Lorsque vous voyez une personne avec de larges hanches, des seins, de longs cheveux et du maquillage, peut-être pensez-vous que cette personne est une femme ― surtout si elle porte une robe ou une jupe, un haut flottant, des talons hauts, rappelant les principales caractéristiques d’une expression perçue comme étant « féminine ». Et bien, j’ai une nouvelle pour vous : les non-binaires fem existent, et iels sont fatigué-e-s d’être effacé-e-s (« Fem » peut signifier une personne lesbienne dont l’expression et les comportements sont qualifiés de traditionnellement « féminins ». Selon une autre définition, « fem » peut signifier des personnes assignées fille à la naissance, généralement des féministes, qui sont conscientes de « performer » la féminité, ayant une conscience des rôles de genre et ne s’identifiant pas forcément au genre féminin). De plus, il y a beaucoup de misogynie à déconstruire dans la manière dont les personnes non-binaires sont représentées. J’ai déjà écrit sur ces sujets, mais la mémoire des internautes est courte, et un petit rafraîchissement pourrait clairement être bénéfique pour beaucoup de personnes.

Donc, révisons. Un pourcentage relativement petit de la population s’identifie en tant que transgenre, avec une identité de genre qui ne s’aligne pas avec le genre assigné à la naissance ni le sexe (N.B. : c’est une définition extrêmement simplifiée). Plusieurs de ces gens ont une position binaire ― ce sont des personnes qui ont été assignées garçon parce qu’elles sont nées avec un pénis par exemple, alors qu’elles sont en fait des femmes. Certain-e-s choisissent de transitionner, à différent degrés ; il n’est pas question d’être « assez trans » ou d’atteindre un certain point pour qu’on puisse soudainement avoir son visa du genre et être approuvé-e-s au pays des hommes ou des femmes.

Et ensuite il y a des gens qui sont non-binaires ― cependant ce ne sont pas toutes les personnes qui n’entrent pas dans la binarité qui s’identifient comme telles, et ce terme est principalement occidental et prend racine dans la conception occidentale du genre et de l’identité. Ces gens se trouvent sur un spectre, ou complètement en dehors de celui-ci, utilisent une grande variété de termes pour se décrire, et parfois en les codifiant encore plus ― un-e butch (généralement, une lesbienne adoptant une expression dite « masculine ») genderqueer, par exemple. Cependant, voilà le problème : la plupart du temps, on représente les non-binaires comme des gens avec des hanches étroites, une poitrine relativement plate et une petite carrure.

Beaucoup présentent aussi des éléments masculins.

Ce qui est très bien. Le spectre des genres non-binaires inclut un large éventail d’apparences et d’expressions du genre. Mais c’est troublant que dans la société en général, seulement une très petite partie de la population est traitée et présentée en tant que non-binaire. Si nous devons en croire les projets artistiques qui prétendent documenter la vie de non-binaires, les gens non-binaires ne sont pas gros-se-s, iels n’ont pas de seins ni de hanches. Iels se présentent de manière principalement masculine, peut-être avec une apparence un peu efféminée. Peut-être que certain-e-s ressemblent vaguement à une femme butch, mais les non-binaires fem sont invisibles, et quand iels essaient de s’affirmer et de parler de leur identité, iels sont souvent traité-e-s très durement.

En d’autres mots, iels subissent la même antiféminité que les femmes doivent endurer, où  l’expression du genre féminin est méprisée et sous-estimée. Ce qui est incroyablement misogyne, car cela revient à dire que les femmes qui s’intéressent au maquillage, qui portent des robes ou qui aiment les talons hauts valent moins en raison de leur féminité. Cela devrait troubler celleux qui pensent de cette manière et qui affirment être concerné-e-s par la question du genre, mais ce n’est pas le cas.

Les non-binaires fem sont constamment mégenré-e-s, étiquetté-e-s de force en tant que femmes même lorsqu’iels corrigent les gens. Leurs pronoms préférés sont ignorés et les gens les traitent comme des femmes dans les contextes sociaux ou politiques. Les gens tentent de réprimer l’expression de leur travail et de leur personne, de les exclure des espaces trans et d’effacer leur présence. Les non-binaires fem se retrouvent donc isolé-e-s, laissé-e-s à elleux-mêmes avec leur genre. Si vous ne voyez jamais personne qui vous ressemble parler des choses que vous subissez, c’est vraiment très difficile d’en venir à les accepter.

Si vous êtes mal à l’aise dans l’identité de femme, mais que tout le monde vous dit que vous êtes une femme, vous pourriez avoir de la difficulté à vous voir en tant que non-binaire. Et quand vous vous tournez vers des ressources pour la communauté trans dans le but d’explorer votre identité de genre, vous pourriez voir qu’aucun des corps qui y sont représentés ne ressemble au vôtre. Dans une communauté qui est prétendument diverse et complexe, vous êtes rejeté-e-s et traité-e-s comme un déchet, ou même comme un-e imposteur. Les non-binaires fem, voyez-vous, sont seulement des personnes qui veulent se sentir uniques et spéciales, qui veulent le beurre et l’argent du beurre, s’habillant comme des femmes et profitant d’un privilège de « passing » cis, tout en se réclamant d’une identité marginalisée.

Les choses sont bien plus complexes que ça, comme les non-binaires fem le savent. Cela peut être incroyablement stressant de vivre, bouger et agir dans les marges d’une société qui vous répète sans cesse que vous n’existez pas, et qui efface sans cesse votre identité. Plusieurs non-binaires fem se battent avec des problèmes comme la dépression et autres maladies mentales ; les personnes trans en général sont déjà plus à risque d’être confronté-e-s à une maladie mentale, merci à la transphobie largement répandue, et cela se manifeste de plusieurs façons (les femmes trans en particulier sont extrêmement à risque pour la dépression et les idées suicidaires), mais les non-binaires fem sont, encore une fois, effacé-e-s.

Le genre est divers, magnifique et fascinant. Aujourd’hui, nous parlons plus que jamais du grand spectre des genres et de la culture, ce qui est fantastique. Mais nous devons aussi parler du fait que certains groupes sont exclus de la conversation, et en quoi c’est nuisible. Répéter sans cesse qu’iels ne sont pas « assez trans », qu’iels n’existent pas, qu’iels ne méritent pas d’être respecté-e-s et considéré-e-s, c’est dangereux. Et tant que nous ne briserons pas les mythes entourant les non-binaires fem, nous ne pourrons pas nous engager dans la prochaine étape sociale et culturelle pour créer un meilleur monde pour elleux et les autres.

Cela veut dire qu’il faut parler ouvertement des identités non-binaires féminines et ne pas tolérer/être intransigeant-e avec la transphobie. Parce que les personnes qui se posent des questions sur leur identité de genre ont besoin d’un endroit où en parler et iels ont besoin de savoir que les gens sont là pour les soutenir. Voir des gens avec des corps et des identités similaires aux nôtres peut être incroyablement bénéfique, et cela peut être vécu comme deux pièces d’un même casse-tête qui finissent enfin par s’emboîter parfaitement l’une dans l’autre. Voir des gens rabaissé-e-s pour qui iels sont, par contre, peut vous faire vous précipiter dans le coin le plus sombre du placard, effrayé-e-s à l’idée d’échanger avec votre communauté et de vous présenter tel-le que vous êtes.

L’ « androgynie » ne veut pas dire « ressembler à un homme efféminé ». Ça veut dire ce que ça veut dire pour vous. Les non-binaires fem existent ― et c’est le devoir de tous-tes de créer des espaces safes pour elleux.

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]