Le trouble dysphorique prémenstruel

Contenu : menstruations

Aujourd’hui je vais vous parlez d’une maladie qui me concerne. Comme ça, la prochaine fois qu’on me demande ce que c’est, je pourrai balancer cet article au lieu de la page Wiki peut-être que vous allez découvrir ou mieux comprendre une maladie bien réelle mais très mal connue.

Je vais commencer par parler du syndrome prémenstruel ou SPM. Pour une raison que j’ignore, lorsque je parle du SPM aux camarades français.e.s, iels ne semblent pas comprendre ce dont je parle. C’est pourtant une expression courante en Amérique du Nord. Le SPM, c’est l’ensemble des symptômes qu’un.e assigné.e femme fertile présente avant ses menstruations. Ça inclue toutes sortes de symptômes physiques et psychologiques.

En fait, je ne m’étendrais pas trop sur le SPM, parce qu’il n’existe probablement même pas. C’est, encore une fois, une invention du patriarcat pour silencer et invalider le ressenti de celleux qui ont le malheur d’avoir un utérus.  Les symptômes du SPM sont tellement vagues et nombreux que ça peut être à peu près n’importe quoi. En plus, plusieurs études ont démontré que lorsqu’on demande à celleux qui souffriraient du SPM d’écrire leurs symptômes au cour de leur cycle, on remarque qu’en fait il n’y aucune corrélation avec les symptômes et le moment du cycle. Or, le SPM est censé être durant la phase lutéale du cycle, soit la phase après l’ovulation et avant les règles.

Pour plus d’informations sur le mythe du SPM, je vous met en lien un TEDx d’une psychologue sur le thème du SPM.

D’ailleurs, elle mentionne justement le trouble dysphorique prémenstruel, qui est quant à lui bien réel, quoi que plutôt rare, puisqu’il ne toucherait que 2 à 5% des gens nés avec un utérus (Source). Ça en fait c’est sa bonne nouvelle! L.O.L. Bonne nouvelle pour celleux qui n’en souffrent pas, oui. Pour celleux qui font partis de ce 2 à 5%, c’est une tout autre histoire. Pour qu’un diagnostique du TDPM (trouble dysphorique prémenstruel, en plus court) soit posé, il faut qu’au moins 5 des 11 symptômes soient présents dans la plupart des cycles (Source). Les symptômes touchent surtout l’humeur. On peut devenir très irritable, dépressifve ou anxieuxe. Chez moi, je suis surtout d’humeur dépressive et anxieuse, alors que ma mère était plutôt irritable. Et oui, ma mère avait un TDPM aussi. Enfin, contrairement à moi, elle n’a pas été “officiellement” diagnostiquée, mais c’est pas mal évident qu’elle l’était aussi selon ce qu’elle me dit et selon ce que j’ai pu voir et vivre quand elle entrait dans cette période.

Dans le monde médial, ça ne fait pas consensus si le TDPM est une maladie mentale ou physique. Mais honnêtement, personnellement, ça ne change pas grand-chose à ma vie. Je voudrais juste qu’on reconnaisse notre souffrance et qu’on nous croit lorsqu’on en parle. Il ne faut pas oublier qu’on peut souffrir de d’autres maladies mentales en plus de ça. Souvent, le TDPM peut d’ailleurs accentuer une autre neuroatypie.

Trigger Warning : dépression, suicide, automutilation, anxiété

À partir d’ici, je vais parler de mon ressenti plus explicitement et ce que ça implique dans ma vie. Comme je l’ai dit, on ne vit pas toustes le TDPM de la même manière, sauf qu’il est bien important de comprendre une chose : c’est extrêmement pénible et ça nous empêche de fonctionner normalement. Dans mon cas, je peux être dans ma période de TDPM juqu’à 10 jours avant mes règles + 1-2 jours après le début de mes règles, sur un cycle d’environ 30 jours (je ne suis pas régulier.e)… Donc calculez qu’environ une journée sur trois dans ma vie, je me sens systématiquement vraiment pas bien.

Donc comme je disais, chez moi, ça s’exprime surtout par l’anxiété et un état dépressif, parfois je peux être irritable mais c’est moins marqué que chez d’autres concerné.e.s. Le premier symptôme que je remarque, c’est la sensation d’avoir un point dans la poitrine, de me sentir serré.e, avoir l’impression de ne pas pouvoir bien respirer… Bref, de l’anxiété. Et ça, ça m’arrive même quand tout va bien dans le meilleur des mondes. Alors, quand j’ai des raisons d’être angoissé.e, c’est encore pire.

Au fil des jours, l’anxiété augmente, puis je finis par entrer dans un état dépressif. Je suis déjà hyper sensible en temps normal, sauf que là je deviens méga hyper sensible, si je puis dire. Ça me prend pas grand-chose pour me blesser, mais vraiment pas grand-chose. J’ai l’impression qu’on m’arrache une couche de peau et qu’on me laisse ainsi exposé.e aux éléments et au monde entier. Je m’excuse, c’est violent comme image, mais c’est aussi horrible que ça en a l’air.

C’est pour cette raison que toutes mes tentatives de suicide et mes séances d’automutilations se sont produites durant cette période du cycle.

À. chaque. hostie. de. fois.

Mes chicanes les plus violentes aussi. Comme disais, mes symptômes penchent moins vers l’agressivité, sauf que ma mère, c’était son cas. Et donc, comme on vivait sous le même toit, bah figurez-vous que parfois on avait notre TDPM en même temps.

Je vous laisse imaginer deux secondes.

Je ne souhaite pas rentrer dans les détails, parce que là ça ne concerne pas seulement moi mais aussi un membre de ma famille, sauf que parfois, c’était vraiment, mais vraiment pas beau. Sauf qu’il s’est passé des trucs graves qui ne s’oublient pas. C’est ma mère, je sais qu’elle va toujours m’aimer et je vais toujours l’aimer aussi. Je sais que c’était pas de sa faute et que c’était pas de la mienne non plus, cette saleté de TDPM peut vraiment nous faire perdre totalement le contrôle et ternir, voir gâcher des relations.

Un autre aspect, peut-être moins grave, mais chiant tout de même, c’est une baisse de concentration, voir de compréhension. Des trucs qui me paraissent normalement simples deviennent tout à coup compliqués… puis après mon TDPM, je comprend à nouveau. Les devoirs et les études deviennent des montages infranchissables. Tout devient juste… tellement plus difficile.

De plus, comme je l’ai écrit plus haut, ça peut se rajouter à d’autres trucs. Comme en ce moment, je suis en dépression. J’ai compris que quelque chose n’allait vraiment pas quand j’ai pris conscience que j’avais l’impression d’être constamment dans mon TDPM. D’ailleurs mon copain m’a dit exactement la même chose. Puis quand j’étais dans mon TDPM pour vrai, c’était juste insupportable. J’avais atrocement envie de mourir et je voulais pas que mon copain me laisse seul.e parce que j’avais trop peur de passer à l’acte si on me laissait à moi-même.

Maintenant que je suis sous antidépresseurs, je gère mieux ma dépression, ça m’aide vraiment. Sauf que malheureusement, ça n’aide pas mon TDPM. La prochaine étape, ce serait de trouver des médicaments qui puissent m’aider avec ça. Pour plusieurs raisons, je n’étais pas prêt.e à prendre de la médication pour mon TDPM, sauf qu’à un moment donné, ça sert à rien de souffrir.

Bon voilà, je crois que j’ai fait le tour de la question, du moins, en résumé. Je pourrais en parler encore longtemps, mais je crois que rendu ici, vous avez saisi l’essentiel. Faites juste nous croire quand on vous dit là, maintenant, ça va pas du tout, mais que dans une semaine ça ira probablement (un peu) mieux, aussi surprenant que ça puisse paraître.

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Le trouble dysphorique prémenstruel

Le sexe et le genre sont en fait la même chose (mais ne partez pas si vite) [TRADUCTION]

Ce texte est une traduction de l’article “Sex and gender are actually the same thing (but bear with me)”.

En lisant le titre, vous sentez peut-être l’indignation monter en vous en croyant que cet article aura une approche essentialiste du genre. Vous serez apaisé-e-s en sachant que c’est tout à fait le contraire. Mon but en écrivant ceci est de mettre en évidence les idées fausses qui circulent dans les ressources « trans 101 » et « comment être un-e bon allié-e cis », et pourquoi ces idées font plus de mal que de bien pour les personnes trans.

N’importe qui ayant une base dans les questions transidentitaires est probablement familier avec l’expression « le genre et le sexe sont deux choses différentes ».

Bien que l’idée de traiter le sexe et le genre en tant que deux aspects qui ne sont pas reliés entre eux puisse être le résultat d’une tentative de validation et de support pour les identités trans, cela perpétue en fait des croyances problématiques par rapport à la validité de l’assignation sexuelle et de la nature statique du sexe biologique, ce qui empêche les trans et les gens intersexes de pouvoir définir leur propre corps et expériences. Cette manière de penser ne fait rien pour combattre (et va en fait souvent renforcer) la pathologisation, l’aliénation et l’exclusion des personnes trans, surtout les femmes trans, sur la base d’un concept apparemment immuable du « sexe biologique ».

Constructions sociales, constructions sociales partout…

La réalité est que le concept du « sexe biologique » ― avec le genre, l’argent, le code de la route ― est entièrement construit socialement.

Maintenant, votre première réaction est peut-être : « Attends, attends. Les pénis et les vagins existent ! Les parties génitales ne peuvent être des construits sociaux ! »

C’est au moins en partie vrai. Les tissus physiques et les organes, auxquels le sexe a été assigné, ne sont pas construits socialement ; ils existent dans la nature plutôt qu’à travers une conception humaine.

Cependant, des mots comme « pénis » et « vagin » sont socialement construit. L’étude de la médecine est socialement construite. Le critère qui définit arbitrairement ce qui est « normal » ou « anormal » en termes de caractéristiques sexuelles et qui crée une dichotomie entre ce qui est biologiquement « masculin » ou « féminin » est socialement construit. Les attentes, les fonctions et les genres qu’on assigne à ces organes et à ces tissus? Définitivement un construit social. Alors que le but de dire que « le genre et le sexe sont deux choses différentes » pourrait être de démontrer que le genre existe indépendamment du sexe (assigné), le problème réside dans le fait que le sexe ne peut pas exister indépendamment du genre.

Il y a cette idée particulièrement problématique que des mots comme « sexe masculin » et « sexe féminin » décrivent le sexe physique immuable d’une personne et que les mots comme « homme » et « femme » se réfèrent à une identité. Mais c’est faux dans tous les sens pratiques ; pour tous les usages légaux ou sociaux, les mots comme « sexe masculin/féminin » ou « homme/femme » sont utilisés de manière interchangeable, avec connotations sociales interchangeables.

La notion qu’un individu peut valider « l’identité de genre » d’une personne trans, tout en mettant son corps dans la même catégorie que les personnes cisgenres du même sexe assigné, est quelque chose qui a été utilisé pour justifier l’exclusion et la violence envers les femmes trans ainsi que l’aliénation des personnes trans dans les espaces non-mixtes, dont le résultat a été de recevoir de mauvais traitement médicaux, et qui est tout simplement un autre outil de transphobie et de transmisogynie qui permet aux gens de se retourner et de dire « je respecte ton identité, mais en fait tu restes un-e [insérez ici le sexe assigné] ».

Le sexe biologique en tant qu’instrument de la transphobie

Le concept que le sexe assigné est un fait objectif immuable a énormément de répercussions négatives pour les personnes trans, allant des relations interpersonnelles à l’accessibilité aux soins médicaux de base.

Les personnes cis emploient souvent la logique du sexe biologique pour justifier leur attirance ou leur répulsion envers les personnes trans, qui dans les deux cas peuvent être enracinés dans la transphobie. Une lesbienne attirée par un homme trans peut encore se considérer comme ayant le « statut de l’étoile d’or » [note du traducteurice : une lesbienne qui n’a jamais eu de relation sexuelle avec un homme (sic)] si elle considère que son partenaire est « biologiquement de sexe féminin ». Un homme cis-hétérosexuel croit qu’il ne peut aller de l’avant avec son attirance envers une femme trans parce qu’y céder pourrait faire de lui un « gai ».

Le concept du sexe biologique renforce l’homophobie et la pathologisation qui sont inhérents à la transphobie et la transmisogynie institutionnalisées.

Je pourrais écrire un article entier sur le spectacle d’horreur qui survient lorsqu’on applique cette logique à l’intérieur du système pénal et lorsqu’on condamne les personnes trans à leur sexe assigné, mais je crois cette fiche descriptive par Just Detention International peut lever le voile sur cet aspect pour moi.

Et ne me faites pas partir sur toute cette affaire de « sexe = biologie, genre = psychologie » puisque cette idée évacue complètement les personnes intersexes de la réflexion (considérant qu’une proportion démesurée de personnes trans sont intersexes).

Qu’est-ce que ça veut dire d’avoir un « corps masculin » ou un « corps féminin » ? Est-ce que ces catégories intrinsèquement dyadiques ? Est-ce qu’elles dépendent seulement de notre assignation à la naissance ? De nos hormones ? De nos parties génitales ? Est-ce qu’une femme trans non-opérée qui a suivi une hormonothérapie pendant des années appartient encore à la même catégorie « biologique » qu’un homme cis ? Est-ce qu’il y a un moment, via une intervention médicale ou une reconnaissance légale, où une personne cesse d’être membre d’un certain sexe biologique et devient un sexe officiellement désigné et socialement reconnu ? Où est-ce que les personnes intersexes se situent dans tout ça ? Le concept en entier est foireux et s’effondre devant la moindre inspection.

Si quelqu’un s’identifie au genre masculin, alors il est masculin et son corps est masculin. Si quelqu’un s’identifie au genre féminin, alors elle est féminine et son corps est féminin. Je m’identifie en tant qu’androgyne, je suis androgyne et mon corps et mon sexe sont (vous l’avez deviné) aussi androgynes ― peu importe mes décisions médicales ou le statut de ma transition.

Le but de l’inclusivité trans n’est pas de concéder à la nature d’autodétermination du genre tout en considérant comme inébranlable le construit social du sexe biologique, et en fait que c’est deux chose ne peuvent pas exister en tandem. Les personnes trans ne peuvent pas véritablement avoir le pouvoir d’autodéterminer leur genre sauf si iels ont aussi le pouvoir d’autodéterminer leur corps en alignement avec leur genre.

Les faits avérés

C’est habituellement le moment où nos pairs ayant une pensée scientifique se feront un devoir de nous pointer les faits avérés : les corps masculins et féminins ont des différences physiques qui demandent des soins médicaux différents ! Vous ne pouvez pas changer les chromosomes que vous avez ! Les besoins médicaux d’une personne trans ne sera jamais semblable à celle d’une personne cis du même genre ! Nous avons besoin d’avoir ces critères physiques rigides ! Pour la santé ! Pour la science !

*soupir*

Premièrement, ce que nous savons à propos des différences intrinsèques entre la physiologie masculine et féminine, c’est surtout que nous en savons beaucoup moins que nous le croyions. Les recherches récentes ont démontrées qu’il n’y a pas de différence significative dans la structure des cerveaux féminins ou masculins et que les chromosomes ne déterminent pas le développement sexuel, et d’autres choses encore que nous considérions avant comme étant des « faits avérés » ne sont finalement que des spéculations obsolètes.

C’est presque comme si la binarité genre/sexe avait été inventée par les gens qui ont ensuite fabriqués des qualificatifs artificiels pour la renforcer, qui ont ensuite évolués vers la biologie, la médecine et la psychologie. Hmmm. Étrange.

En réalité, les besoins médicaux de tout le monde sont différents. Oui, un homme trans et un homme cis n’auront jamais exactement les mêmes besoins médicaux, mais aussi un homme valide aura des besoins différents de ceux d’un homme avec un handicap, et il existe même certaines différences dans les traitements médicaux chez les différentes ethnies. En fait, seulement une petite partie de nos traitements médicaux sont affectés par ce que nous avons entre nos jambes, et lorsque ça devient pertinent dans un traitement médical, cela doit être discuté au cas par cas de toute façon.

Les différences dans les besoins médicaux entre une personne trans et une personne cis dont l’état de santé est similaire sont largement négligeables. Ils deviennent encore plus négligeables si la personne trans concernée suit une hormonothérapie, puisqu’il y a plus de problèmes médicaux influencés par vos hormones actuelles (comme la densité des os et des muscles, les risques de maladies cardiaques, le cholestérol, la calvitie et le SPM) qu’il y en a qui sont directement influencés par les parties génitales avec lesquelles vous sommes né-e-s.

L’idée que le genre existe indépendamment du sexe et que les personnes trans doivent être regroupées dans leur sexe assigné de force pour des raisons médicales ne peut que causer un grave mauvais traitement des patient-e-s trans, en plus d’une confusion générale pour l’équipe médicale.

Plus nous examinons la logique qui supporte l’idée que le sexe biologique et l’identité de genre sont deux facteurs indépendants et sans rapport, plus il devient apparent que ce concept est plus un outil utile pour les personnes cis qui veulent paraître inclusives tout en étant transphobes, plutôt que quelque chose qui profite réellement aux personnes trans. Alors que c’est une bonne chose d’éduquer les autres par rapport à l’inclusion trans et de s’en faire des allié-e-s, c’est encore plus important que les concepts que nous renforçons nous soient utiles, plutôt qu’être facilement intégrables sous de fausses préconceptions.

Le sexe et le genre sont en fait la même chose (mais ne partez pas si vite) [TRADUCTION]

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]

Ce texte est une traduction de l’article en anglais “Beyond the binary : Yes, nonbinary femmes exist”

Lorsque vous voyez une personne avec de larges hanches, des seins, de longs cheveux et du maquillage, peut-être pensez-vous que cette personne est une femme ― surtout si elle porte une robe ou une jupe, un haut flottant, des talons hauts, rappelant les principales caractéristiques d’une expression perçue comme étant « féminine ». Et bien, j’ai une nouvelle pour vous : les non-binaires fem existent, et iels sont fatigué-e-s d’être effacé-e-s (« Fem » peut signifier une personne lesbienne dont l’expression et les comportements sont qualifiés de traditionnellement « féminins ». Selon une autre définition, « fem » peut signifier des personnes assignées fille à la naissance, généralement des féministes, qui sont conscientes de « performer » la féminité, ayant une conscience des rôles de genre et ne s’identifiant pas forcément au genre féminin). De plus, il y a beaucoup de misogynie à déconstruire dans la manière dont les personnes non-binaires sont représentées. J’ai déjà écrit sur ces sujets, mais la mémoire des internautes est courte, et un petit rafraîchissement pourrait clairement être bénéfique pour beaucoup de personnes.

Donc, révisons. Un pourcentage relativement petit de la population s’identifie en tant que transgenre, avec une identité de genre qui ne s’aligne pas avec le genre assigné à la naissance ni le sexe (N.B. : c’est une définition extrêmement simplifiée). Plusieurs de ces gens ont une position binaire ― ce sont des personnes qui ont été assignées garçon parce qu’elles sont nées avec un pénis par exemple, alors qu’elles sont en fait des femmes. Certain-e-s choisissent de transitionner, à différent degrés ; il n’est pas question d’être « assez trans » ou d’atteindre un certain point pour qu’on puisse soudainement avoir son visa du genre et être approuvé-e-s au pays des hommes ou des femmes.

Et ensuite il y a des gens qui sont non-binaires ― cependant ce ne sont pas toutes les personnes qui n’entrent pas dans la binarité qui s’identifient comme telles, et ce terme est principalement occidental et prend racine dans la conception occidentale du genre et de l’identité. Ces gens se trouvent sur un spectre, ou complètement en dehors de celui-ci, utilisent une grande variété de termes pour se décrire, et parfois en les codifiant encore plus ― un-e butch (généralement, une lesbienne adoptant une expression dite « masculine ») genderqueer, par exemple. Cependant, voilà le problème : la plupart du temps, on représente les non-binaires comme des gens avec des hanches étroites, une poitrine relativement plate et une petite carrure.

Beaucoup présentent aussi des éléments masculins.

Ce qui est très bien. Le spectre des genres non-binaires inclut un large éventail d’apparences et d’expressions du genre. Mais c’est troublant que dans la société en général, seulement une très petite partie de la population est traitée et présentée en tant que non-binaire. Si nous devons en croire les projets artistiques qui prétendent documenter la vie de non-binaires, les gens non-binaires ne sont pas gros-se-s, iels n’ont pas de seins ni de hanches. Iels se présentent de manière principalement masculine, peut-être avec une apparence un peu efféminée. Peut-être que certain-e-s ressemblent vaguement à une femme butch, mais les non-binaires fem sont invisibles, et quand iels essaient de s’affirmer et de parler de leur identité, iels sont souvent traité-e-s très durement.

En d’autres mots, iels subissent la même antiféminité que les femmes doivent endurer, où  l’expression du genre féminin est méprisée et sous-estimée. Ce qui est incroyablement misogyne, car cela revient à dire que les femmes qui s’intéressent au maquillage, qui portent des robes ou qui aiment les talons hauts valent moins en raison de leur féminité. Cela devrait troubler celleux qui pensent de cette manière et qui affirment être concerné-e-s par la question du genre, mais ce n’est pas le cas.

Les non-binaires fem sont constamment mégenré-e-s, étiquetté-e-s de force en tant que femmes même lorsqu’iels corrigent les gens. Leurs pronoms préférés sont ignorés et les gens les traitent comme des femmes dans les contextes sociaux ou politiques. Les gens tentent de réprimer l’expression de leur travail et de leur personne, de les exclure des espaces trans et d’effacer leur présence. Les non-binaires fem se retrouvent donc isolé-e-s, laissé-e-s à elleux-mêmes avec leur genre. Si vous ne voyez jamais personne qui vous ressemble parler des choses que vous subissez, c’est vraiment très difficile d’en venir à les accepter.

Si vous êtes mal à l’aise dans l’identité de femme, mais que tout le monde vous dit que vous êtes une femme, vous pourriez avoir de la difficulté à vous voir en tant que non-binaire. Et quand vous vous tournez vers des ressources pour la communauté trans dans le but d’explorer votre identité de genre, vous pourriez voir qu’aucun des corps qui y sont représentés ne ressemble au vôtre. Dans une communauté qui est prétendument diverse et complexe, vous êtes rejeté-e-s et traité-e-s comme un déchet, ou même comme un-e imposteur. Les non-binaires fem, voyez-vous, sont seulement des personnes qui veulent se sentir uniques et spéciales, qui veulent le beurre et l’argent du beurre, s’habillant comme des femmes et profitant d’un privilège de « passing » cis, tout en se réclamant d’une identité marginalisée.

Les choses sont bien plus complexes que ça, comme les non-binaires fem le savent. Cela peut être incroyablement stressant de vivre, bouger et agir dans les marges d’une société qui vous répète sans cesse que vous n’existez pas, et qui efface sans cesse votre identité. Plusieurs non-binaires fem se battent avec des problèmes comme la dépression et autres maladies mentales ; les personnes trans en général sont déjà plus à risque d’être confronté-e-s à une maladie mentale, merci à la transphobie largement répandue, et cela se manifeste de plusieurs façons (les femmes trans en particulier sont extrêmement à risque pour la dépression et les idées suicidaires), mais les non-binaires fem sont, encore une fois, effacé-e-s.

Le genre est divers, magnifique et fascinant. Aujourd’hui, nous parlons plus que jamais du grand spectre des genres et de la culture, ce qui est fantastique. Mais nous devons aussi parler du fait que certains groupes sont exclus de la conversation, et en quoi c’est nuisible. Répéter sans cesse qu’iels ne sont pas « assez trans », qu’iels n’existent pas, qu’iels ne méritent pas d’être respecté-e-s et considéré-e-s, c’est dangereux. Et tant que nous ne briserons pas les mythes entourant les non-binaires fem, nous ne pourrons pas nous engager dans la prochaine étape sociale et culturelle pour créer un meilleur monde pour elleux et les autres.

Cela veut dire qu’il faut parler ouvertement des identités non-binaires féminines et ne pas tolérer/être intransigeant-e avec la transphobie. Parce que les personnes qui se posent des questions sur leur identité de genre ont besoin d’un endroit où en parler et iels ont besoin de savoir que les gens sont là pour les soutenir. Voir des gens avec des corps et des identités similaires aux nôtres peut être incroyablement bénéfique, et cela peut être vécu comme deux pièces d’un même casse-tête qui finissent enfin par s’emboîter parfaitement l’une dans l’autre. Voir des gens rabaissé-e-s pour qui iels sont, par contre, peut vous faire vous précipiter dans le coin le plus sombre du placard, effrayé-e-s à l’idée d’échanger avec votre communauté et de vous présenter tel-le que vous êtes.

L’ « androgynie » ne veut pas dire « ressembler à un homme efféminé ». Ça veut dire ce que ça veut dire pour vous. Les non-binaires fem existent ― et c’est le devoir de tous-tes de créer des espaces safes pour elleux.

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]