Le makeup shaming : se maquiller, mais pas trop!

Aaaaahh, le maquillage! C’est probablement l’une des choses sur lesquelles on reçoit le plus d’injonctions, voir des injonctions contradictoire. Je pourrais résumer ces injonctions à ceci : si tu es une femme, ou perçu·e en tant que femme, il faut que tu porte du maquillage, mais pas trop, il faut que ça ait l’air naturel, et si tu es un homme, ou perçu·e comme tel, alors n’y touche surtout pas! Et c’est probablement l’un des trucs que je trouve les plus étranges et qui me met particulièrement en colère. Avant toute chose, il faut que je précise que, personnellement, j’adooooooooooore le maquillage. C’est vraiment une très grande passion. Je suis également une personne trans non-binaire, qui a été assigné·e fille à la naissance et qui est encore perçu·e comme tel à l’heure actuelle.

Par contre, je trouve ça tout de suite beaucoup moins intéressant lorsque je sens que je suis implicitement obligé·e d’en mettre, et qu’il ne faudrait surtout pas que j’aille l’air d’en avoir beaucoup. Ça brime ma créativité et je n’ai donc absolument pas envie d’en mettre, mais pourtant j’en met, puisqu’il faut « bien paraître »… Je peux pas arriver à une entrevue d’embauche avec mes boutons et mes cernes, ça n’aurait pas l’air assez « professionnel ».

Je trouve cela tellement dommage, puisque, pour moi, le maquillage est avant toute chose un moyen d’expression artistique. Nous ne sommes pas toustes des artistes et même parmi les artistes, nous ne pratiquons pas toustes le même art.Alors, pourquoi, mais pourquoi transformer une passion en obligation?! Ça me met en colère. Je me dis que si c’était moins imposer aux femmes et à celleux perçu·e·s en tant que femme, il y aurait probablement plus de gens qui se découvriraient une passion. Si seulement on arrêtait aussi d’associer le maquillage aux filles, ou même aux hommes cis-gais. Si les grandes compagnies cosmétiques étaient plus inclusives des personnes racisées…

Par chance, les milieux un peu plus underground sont généralement plus inclusifs. La plupart de mes artistes maquilleur·euse·s préféré·e·s tombent d’ailleurs rarement dans les injonctions. Je suis du même avis que plusieurs d’entre-elleux : le maquillage n’a pas de règles.

T’aimes pas mettre du fond de teint? N’en met pas! D’accord, en tant que personne qui a souffert d’acné modérée, ça peut vraiment être plus difficile lorsqu’on a pas une aussi belle peau que cette artiste. C’est juste pour dire que ça ne devrait pas être une obligation!

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[Artiste : Jkissa]

Sauf que, parfois, tu veux tout simplement que les gens remarquent autre chose chez toi que ton acné…

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[Artiste : thataylaa]

Ou même tes cicatrices…

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[Artiste : Corey Allen Nichols]

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[Artiste : Shalom]

Et là, je fais exprès de montrer des photos avant/après assez spectaculaire, parce que vous vous dites sûrement, ou du moins vous l’avez sûrement déjà penser : « mais ce n’est pas la même personne! ».En fait, surprise surprise, maquillé·e ou pas, nous restons la même personne… Ce n’est qu’un masque qu’on enlève le soir avant se coucher, comme on enlève ses vêtements, qui ne sont pas vraiment différents qu’un costume, au fond. Nous demeurons la même personne, avec les mêmes désirs, les mêmes peurs, et le·s même·s identité·s de genre.

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[Artiste : Patrick Starr, un homme cis]

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[Artiste : ofherbsandaltars, un garçon trans, genderqueer et Asperger (son pronom : il)]

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[Artiste : Stef Sanjati, une femme trans (à l’époque de la photo, elle se définissait en tant que genderfluid), atteinte du syndrome de Waardenburg, ce qui explique ses traits uniques!]

Arrêtez de supposer que l’on se maquille parce que nous sommes complexé·e·s, c’est loin d’être la majorité des gens qui le fond pour cette raison. Et puis, au pire, si une certaine personne se maquille effectivement parce qu’elle est complexée par son apparence… qu’est-ce que ça change? Comme si toute les personnes qui ne se maquillent par étaient 100% à l’aise avec leur apparence physique…

De plus, peut-être que vous préférez les personnes « au naturel », ou au contraire, vous nous préféré·e·s maquillé·e·s, peu importe. Votre opinion, sérieux, on s’en contre-calice. C’est tellement pas mieux de remplacer une injonction par une autre injonction contraire.

Voici un superbe exemple de mansplaining par Gabriel Luneau. Il s’est excusé depuis, mais quand même, c’est une perle cette vidéo! Et bon ses excuses étaient un peu… molles. Il dit qu’il a déjà plus de « respect » pour le maquillage artistique… Mais en fait, on en a pas besoin, de son « respect ».

Par exemple, ici, Nikkie a fait une transformation très glamour, mais ce n’est rien de particulièrement original… Sauf que ça reste magnifique, elle a décidément énormément de talent!

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[Artiste : Nikkie]

Ou ici, un maquillage encore plus simple, mais wow, cet illuminateur! Elle brille! Et vous savez quoi? Ce n’est probablement même pas pour une occasion spéciale, ou du moins, je le suppose par son habillement décontracté…

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[Artiste : Aaliyah Blackwood]

Sauf qu’on a vraiment besoin d’avoir une raison pour se maquiller? Et si on en avait pas besoin? Ça peut être difficile de commencer à se maquiller lorsque ce n’est pas dans nos habitudes, et encore beaucoup plus difficile si on est perçu·e en tant qu’homme, et franchement, je trouve ça triste. Clairement, c’est comme une nouvelle coupe de cheveux, c’est probable que les gens soient surpris par notre changement d’apparence… Mais on pourrait pas arrêter d’en faire un cas? Je me répète : on reste exactement la même personne, peu importe le nombre de couches qu’on a sur le visage.

Ou alors, pourquoi pas commenter les compétences de la personne plutôt que son apparence? Par exemple, à la place de dire : « oh, tu t’es maquillé·e aujourd’hui? Mais t’es trop joli·e! », pourquoi ne pas dire : « oh cette couleur de rouge à lèvre est magnifique, tu as fait un très bon choix! ». Comme ça, on évite de valider la personne sur son apparence physique et on l’encourage plutôt à développer son talent et son intérêt. De plus, si on peut toujours offrir des conseils sans tomber dans les injonctions, c’est à dire que l’on demande à la personne si elle en veut avant de lui en donner.

Pour finir, je dirais que le maquillage, ça ne fait de mal à personne, en autant qu’il soit végane. En effet, je crois que tant qu’on ne fait de mal à personne, on peut bien faire ce que l’on veut. Je recommande donc fortement à toute personne s’intéressant au maquillage à se renseigner au sujet des tests sur les animaux, et bien sûr à choisir des marques non-cruelles (cruelty-free). Ce n’est pas comme l’alimentation, il n’y absolument aucune raison d’acheter du maquillage testé sur les animaux. Il s’agit de prendre le temps de faire une petite recherche avant d’acheter du maquillage. Pour en savoir plus, je vous invite à aller consulter ces sites : Leaping Bunny, Logical Harmony, My Beauty Bunny, la liste de PETA, une liste de vernis à ongle véganes ainsi que ce blog faisant la promotion de marques non-cruelles disponible au Canada. Si vous avez d’autres liens à ajouter à cette liste, merci de me les mentionner en commentaire!

En bref, faites ce que vous voulez avec votre visage et laissez ceux des autres en paix 😉

Le makeup shaming : se maquiller, mais pas trop!

L’aliénation, la misogynie intériorisée et les féministes cis

Cette fois-ci, je sens que je vais vraiment me faire haïr. Ou du moins, certaines vont m’haïr, et peut-être que certaines vont saisir 2-3 trucs importants. Vous remarquerez que j’utilise ici le féminin. En effet, cet article s’adresse aux femmes cis et féministes. Je vous préviens, ça risque d’être désagréable à lire. La déconstruction, c’est rarement agréable en fait, puisque ça vient ébranler pas mal de nos préjugés et préconceptions.

Vous êtes prévenues.

Bon, d’abord, une petite mise en contexte s’impose. Je suis donc une personne non-binaire, qui a été assigné·e fille à la naissance. Je ne suis pas hormoné·e, j’ai une expression de genre qui est perçu·e comme étant très « féminine » et jusqu’à récemment, j’avais de longs cheveux bouclés. Ainsi, dans la rue, 99% des gens pensent que je suis une fille. Même depuis que je me suis rasé·e les cheveux, j’ai systématiquement droit à un « mademoiselle » quand je rentre dans un magasin. Je n’ai donc aucun privilège masculin d’aucune manière et je subis tout autant le sexisme que n’importe quelle femme cis. Voilà. Ça, c’était pour que vous compreniez un peu ma situation actuelle.

Maintenant, je vais essayer de vous expliquer un peu d’où je viens. Comme pas mal d’assigné·e·s filles, j’ai souvent dit « ne pas être comme les autres filles ». Sauf que c’était plus que ça. Je détestais les filles. Et oui, je suis vraiment en train d’écrire ça. J’avais vraiment beaucoup de misogynie intériorisée. Je ne prétend pas en être exempt·e aujourd’hui, tout comme je ne prétend pas d’ailleurs ne pas avoir avoir d’autres oppressions intériorisées (par exemple le cissexisme et la psychophobie).

Je m’excuse, ce qui va suivre est assez violent. Mais je veux être honnête (et si des TERF passe par là, soyez honnête aussi et ne me citez pas hors contexte).

La voix des filles m’écorchaient les oreilles. Dès que j’entendais une voix trop aiguë, j’étais immédiatement tendu·e et facilement irritable. Tout ce qui était « féminin » était dévalorisé par ma famille. Comme la société l’associait fortement aux filles, et puisque je voulais me tenir éloigner d’elles et de tout ce qui s’en rapproche, j’ai donc appris à mépriser les parfums, le maquillage, les manucures, le rose, les talons hauts, etc. Et évidemment, je méprisais les filles et les femmes qui se conformaient à ces stéréotypes.

Et ça a été comme ça jusque vers mes 17-18 ans. Je ne sais pas trop pourquoi ni exactement comment, mais j’ai commencé à me laisser le droit d’aimer des trucs dits « féminins ». C’est peut-être en partie parce que j’étais dans un cégep composé à 80% d’assigné·e·s filles. Peut-être aussi parce que j’ai commencé à m’ouvrir un peu plus au féminisme. Mais ce n’est qu’à 21 ans que j’ai réellement mis les pieds dans l’univers virtuel militant. Comme j’en parle dans cet article, c’est d’abord en me questionnant sur mon rapport à ma poitrine et aux soutien-gorges que je me suis rapprocher du milieux féministe. Rapidement, j’ai croisé des personnes non-binaires et j’ai débuté ma déconstruction sur les identités de genre, pour en venir à la conclusion que je n’étais pas une fille cis.

Et c’est seulement à partir de ce moment que j’ai commencé pleinement à me laisser le droit d’avoir les intérêts que je voulais. J’ai pleinement embrassé ma grande passion pour le maquillage et même que récemment, j’ai acheté des vêtements… roses! J’avais déjà eu les cheveux roses, mais à mon sens, ce n’est pas la même chose. Bref. Maintenant, je me laisse le droit de faire ce que je veux. Et si ce n’est pas une forme de libération, je ne sais sincèrement pas qu’est-ce qui pourrait l’être plus. Le genre n’est pas une chaîne. Les stéréotypes le sont et le mépris pour les stéréotypes « féminins » nuit grandement à toustes les assigné·e·s filles et aux personnes trans. La force du féminisme, du moins une certaine branche du féminisme un peu plus mainstream (pour le meilleur et pour le pire), c’est, je crois, de se réapproprié la féminité et de la mettre en valeur. Une féminité qui n’est pas exclusive aux femmes (cis comme trans) mais qui est réellement inclusive.

Et c’est précisément là où ça coince. Même si j’accepte mieux ma part de féminité, que je refuse de dévaloriser ce qui est considéré comme étant « féminin » et que je comprend en quoi c’est important d’en être fier·e… et bien, je ne suis toujours pas une fille pour autant. C’est un peu difficile à expliquer, mais c’est juste qu’au final, ça sonne faux. J’ai tenté de décrire mon genre du mieux que j’ai pu, sauf que ça n’explique pas vraiment pourquoi je me sens ainsi. Tout ce que je sais, c’est que depuis que j’ai mis des mots sur mon ressenti, d’un côté je me sens mieux, mais d’un autre, toute remarque cissexiste m’atteint cent fois plus qu’avant.

Ainsi, lorsque je me retrouve dans un espace majoritairement composé de femmes cis, ça peut devenir rapidement très aliénant. J’ai l’impression de manger un coup de pelle à chaque fois que je lis quelque chose comme « allo les filles » ou « les femmes [situation X] » (alors qu’on parle d’une situation que je vis aussi). À un moment donné, j’en peux juste plus du tout. C’est indécent aussi de me dire que je devrais me sentir inclus·e dans un pluriel féminin. Évidemment, je dis pas que c’est mieux d’inclure tout le monde dans un pluriel masculin, mais alors pas du tout. L’écriture inclusive, ça sert précisément à ça, à arrêter de considéré le masculin comme étant le « par défaut » et d’inclure les femmes et les personnes non-binaires. Je sais bien non plus qu’on peut pas s’attendre à ce que tout le monde maîtrise l’écriture inclusive. Mais pourquoi devoir absolument dire « les femmes » plutôt que « les gens » ou « les personnes »? Pour vous, les femmes cis, c’est un réflexe à modifier, alors que pour nous, les personnes trans, c’est un coup de pelle en moins dans notre journée. Nous sommes constamment marginalisé·e·s dans la société. Alors, lorsqu’on arrive dans un espace féministe qui se veut safe, et bien on a cette drôle d’idée de penser que les gens vont faire un minimum d’effort pour qu’on s’y sente inclus·es. Ça fait mal lorsqu’on se rend compte que ce n’est pas le cas. Imaginez deux secondes ce que ça fait de penser être dans un espace où notre parole sera prise en compte et respectée, pour se rendre qu’en fait ce n’est pas vraiment le cas.

Je l’ai dit plus haut, mais j’avais un problème avec les « autres » filles, en plus d’être anti-féministe. Je pense que, bien que ça soit en partie parce c’est mal vu par les médias de masse d’être féministe, c’était aussi parce que, encore là, je ne me sentais pas inclus·e. Et c’est terrible, parce que ça exclu des personnes concernées par le sexisme. C’est pour ça que la représentation, c’est extrêmement important. C’est important de sentir qu’on existe et qu’on reconnaît notre existence. C’est important de sentir que notre parole est prise en compte.

C’est difficile de parler lorsque t’es trop occupé·e à devoir constamment rappeler que tu existes. Même que j’en viens à me sentir mal, parce que j’ai l’impression de ne parler que de cissexisme et pas assez de sexisme. Sauf que j’ai plus ou moins le choix, j’en ai l’impression. Je ne peux pas faire comme si ça ne faisait pas partie de ma réalité. Ça serait clairement plus facile à expliquer et plus simple à comprendre. Des nuances, ça rajoute toujours une touche de complexité. Mais je peux juste pas. J’aurais encore l’impression de cacher une partie de mon identité, alors que je suis forcé·e de la cacher 95% du temps dans la vraie vie, parce que je ne suis pas out auprès de la plupart des gens. Alors, je le rappelle encore et encore que nous existons. Et j’invite les femmes cis à le faire aussi. Par exemple, vous partagez une publication qui parle de menstruations et qui l’associe aux femmes (cis), et bien, vous pouvez la partager en mentionnant tout de même qu’elle est cissexiste. L’important, c’est de le dire. Peut-être qu’un jour, on va l’avoir tellement répéter que le message va finir par être entendu.

Je veux juste qu’on arrête de faire comme si le féminisme ne concernait que les femmes. Ça concerne toute personne qui n’est pas un homme cis. On a pas à accepter d’être réduit·e·s à notre assignation de naissance parce que c’est plus pratique pour parler de sexisme et pour lutter contre le patriarcat. Nous ne sommes pas des concerné·e·s de second plan, nous subissions tout autant le patriarcat que n’importe quelle femme cis, alors nous avons définitivement notre place dans le mouvement. Êtes-vous prêtes à nous laisser cette place? C’est là où tout se joue.

L’aliénation, la misogynie intériorisée et les féministes cis

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]

Ce texte est une traduction de l’article en anglais “Beyond the binary : Yes, nonbinary femmes exist”

Lorsque vous voyez une personne avec de larges hanches, des seins, de longs cheveux et du maquillage, peut-être pensez-vous que cette personne est une femme ― surtout si elle porte une robe ou une jupe, un haut flottant, des talons hauts, rappelant les principales caractéristiques d’une expression perçue comme étant « féminine ». Et bien, j’ai une nouvelle pour vous : les non-binaires fem existent, et iels sont fatigué-e-s d’être effacé-e-s (« Fem » peut signifier une personne lesbienne dont l’expression et les comportements sont qualifiés de traditionnellement « féminins ». Selon une autre définition, « fem » peut signifier des personnes assignées fille à la naissance, généralement des féministes, qui sont conscientes de « performer » la féminité, ayant une conscience des rôles de genre et ne s’identifiant pas forcément au genre féminin). De plus, il y a beaucoup de misogynie à déconstruire dans la manière dont les personnes non-binaires sont représentées. J’ai déjà écrit sur ces sujets, mais la mémoire des internautes est courte, et un petit rafraîchissement pourrait clairement être bénéfique pour beaucoup de personnes.

Donc, révisons. Un pourcentage relativement petit de la population s’identifie en tant que transgenre, avec une identité de genre qui ne s’aligne pas avec le genre assigné à la naissance ni le sexe (N.B. : c’est une définition extrêmement simplifiée). Plusieurs de ces gens ont une position binaire ― ce sont des personnes qui ont été assignées garçon parce qu’elles sont nées avec un pénis par exemple, alors qu’elles sont en fait des femmes. Certain-e-s choisissent de transitionner, à différent degrés ; il n’est pas question d’être « assez trans » ou d’atteindre un certain point pour qu’on puisse soudainement avoir son visa du genre et être approuvé-e-s au pays des hommes ou des femmes.

Et ensuite il y a des gens qui sont non-binaires ― cependant ce ne sont pas toutes les personnes qui n’entrent pas dans la binarité qui s’identifient comme telles, et ce terme est principalement occidental et prend racine dans la conception occidentale du genre et de l’identité. Ces gens se trouvent sur un spectre, ou complètement en dehors de celui-ci, utilisent une grande variété de termes pour se décrire, et parfois en les codifiant encore plus ― un-e butch (généralement, une lesbienne adoptant une expression dite « masculine ») genderqueer, par exemple. Cependant, voilà le problème : la plupart du temps, on représente les non-binaires comme des gens avec des hanches étroites, une poitrine relativement plate et une petite carrure.

Beaucoup présentent aussi des éléments masculins.

Ce qui est très bien. Le spectre des genres non-binaires inclut un large éventail d’apparences et d’expressions du genre. Mais c’est troublant que dans la société en général, seulement une très petite partie de la population est traitée et présentée en tant que non-binaire. Si nous devons en croire les projets artistiques qui prétendent documenter la vie de non-binaires, les gens non-binaires ne sont pas gros-se-s, iels n’ont pas de seins ni de hanches. Iels se présentent de manière principalement masculine, peut-être avec une apparence un peu efféminée. Peut-être que certain-e-s ressemblent vaguement à une femme butch, mais les non-binaires fem sont invisibles, et quand iels essaient de s’affirmer et de parler de leur identité, iels sont souvent traité-e-s très durement.

En d’autres mots, iels subissent la même antiféminité que les femmes doivent endurer, où  l’expression du genre féminin est méprisée et sous-estimée. Ce qui est incroyablement misogyne, car cela revient à dire que les femmes qui s’intéressent au maquillage, qui portent des robes ou qui aiment les talons hauts valent moins en raison de leur féminité. Cela devrait troubler celleux qui pensent de cette manière et qui affirment être concerné-e-s par la question du genre, mais ce n’est pas le cas.

Les non-binaires fem sont constamment mégenré-e-s, étiquetté-e-s de force en tant que femmes même lorsqu’iels corrigent les gens. Leurs pronoms préférés sont ignorés et les gens les traitent comme des femmes dans les contextes sociaux ou politiques. Les gens tentent de réprimer l’expression de leur travail et de leur personne, de les exclure des espaces trans et d’effacer leur présence. Les non-binaires fem se retrouvent donc isolé-e-s, laissé-e-s à elleux-mêmes avec leur genre. Si vous ne voyez jamais personne qui vous ressemble parler des choses que vous subissez, c’est vraiment très difficile d’en venir à les accepter.

Si vous êtes mal à l’aise dans l’identité de femme, mais que tout le monde vous dit que vous êtes une femme, vous pourriez avoir de la difficulté à vous voir en tant que non-binaire. Et quand vous vous tournez vers des ressources pour la communauté trans dans le but d’explorer votre identité de genre, vous pourriez voir qu’aucun des corps qui y sont représentés ne ressemble au vôtre. Dans une communauté qui est prétendument diverse et complexe, vous êtes rejeté-e-s et traité-e-s comme un déchet, ou même comme un-e imposteur. Les non-binaires fem, voyez-vous, sont seulement des personnes qui veulent se sentir uniques et spéciales, qui veulent le beurre et l’argent du beurre, s’habillant comme des femmes et profitant d’un privilège de « passing » cis, tout en se réclamant d’une identité marginalisée.

Les choses sont bien plus complexes que ça, comme les non-binaires fem le savent. Cela peut être incroyablement stressant de vivre, bouger et agir dans les marges d’une société qui vous répète sans cesse que vous n’existez pas, et qui efface sans cesse votre identité. Plusieurs non-binaires fem se battent avec des problèmes comme la dépression et autres maladies mentales ; les personnes trans en général sont déjà plus à risque d’être confronté-e-s à une maladie mentale, merci à la transphobie largement répandue, et cela se manifeste de plusieurs façons (les femmes trans en particulier sont extrêmement à risque pour la dépression et les idées suicidaires), mais les non-binaires fem sont, encore une fois, effacé-e-s.

Le genre est divers, magnifique et fascinant. Aujourd’hui, nous parlons plus que jamais du grand spectre des genres et de la culture, ce qui est fantastique. Mais nous devons aussi parler du fait que certains groupes sont exclus de la conversation, et en quoi c’est nuisible. Répéter sans cesse qu’iels ne sont pas « assez trans », qu’iels n’existent pas, qu’iels ne méritent pas d’être respecté-e-s et considéré-e-s, c’est dangereux. Et tant que nous ne briserons pas les mythes entourant les non-binaires fem, nous ne pourrons pas nous engager dans la prochaine étape sociale et culturelle pour créer un meilleur monde pour elleux et les autres.

Cela veut dire qu’il faut parler ouvertement des identités non-binaires féminines et ne pas tolérer/être intransigeant-e avec la transphobie. Parce que les personnes qui se posent des questions sur leur identité de genre ont besoin d’un endroit où en parler et iels ont besoin de savoir que les gens sont là pour les soutenir. Voir des gens avec des corps et des identités similaires aux nôtres peut être incroyablement bénéfique, et cela peut être vécu comme deux pièces d’un même casse-tête qui finissent enfin par s’emboîter parfaitement l’une dans l’autre. Voir des gens rabaissé-e-s pour qui iels sont, par contre, peut vous faire vous précipiter dans le coin le plus sombre du placard, effrayé-e-s à l’idée d’échanger avec votre communauté et de vous présenter tel-le que vous êtes.

L’ « androgynie » ne veut pas dire « ressembler à un homme efféminé ». Ça veut dire ce que ça veut dire pour vous. Les non-binaires fem existent ― et c’est le devoir de tous-tes de créer des espaces safes pour elleux.

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]