L’aliénation, la misogynie intériorisée et les féministes cis

Cette fois-ci, je sens que je vais vraiment me faire haïr. Ou du moins, certaines vont m’haïr, et peut-être que certaines vont saisir 2-3 trucs importants. Vous remarquerez que j’utilise ici le féminin. En effet, cet article s’adresse aux femmes cis et féministes. Je vous préviens, ça risque d’être désagréable à lire. La déconstruction, c’est rarement agréable en fait, puisque ça vient ébranler pas mal de nos préjugés et préconceptions.

Vous êtes prévenues.

Bon, d’abord, une petite mise en contexte s’impose. Je suis donc une personne non-binaire, qui a été assigné·e fille à la naissance. Je ne suis pas hormoné·e, j’ai une expression de genre qui est perçu·e comme étant très « féminine » et jusqu’à récemment, j’avais de longs cheveux bouclés. Ainsi, dans la rue, 99% des gens pensent que je suis une fille. Même depuis que je me suis rasé·e les cheveux, j’ai systématiquement droit à un « mademoiselle » quand je rentre dans un magasin. Je n’ai donc aucun privilège masculin d’aucune manière et je subis tout autant le sexisme que n’importe quelle femme cis. Voilà. Ça, c’était pour que vous compreniez un peu ma situation actuelle.

Maintenant, je vais essayer de vous expliquer un peu d’où je viens. Comme pas mal d’assigné·e·s filles, j’ai souvent dit « ne pas être comme les autres filles ». Sauf que c’était plus que ça. Je détestais les filles. Et oui, je suis vraiment en train d’écrire ça. J’avais vraiment beaucoup de misogynie intériorisée. Je ne prétend pas en être exempt·e aujourd’hui, tout comme je ne prétend pas d’ailleurs ne pas avoir avoir d’autres oppressions intériorisées (par exemple le cissexisme et la psychophobie).

Je m’excuse, ce qui va suivre est assez violent. Mais je veux être honnête (et si des TERF passe par là, soyez honnête aussi et ne me citez pas hors contexte).

La voix des filles m’écorchaient les oreilles. Dès que j’entendais une voix trop aiguë, j’étais immédiatement tendu·e et facilement irritable. Tout ce qui était « féminin » était dévalorisé par ma famille. Comme la société l’associait fortement aux filles, et puisque je voulais me tenir éloigner d’elles et de tout ce qui s’en rapproche, j’ai donc appris à mépriser les parfums, le maquillage, les manucures, le rose, les talons hauts, etc. Et évidemment, je méprisais les filles et les femmes qui se conformaient à ces stéréotypes.

Et ça a été comme ça jusque vers mes 17-18 ans. Je ne sais pas trop pourquoi ni exactement comment, mais j’ai commencé à me laisser le droit d’aimer des trucs dits « féminins ». C’est peut-être en partie parce que j’étais dans un cégep composé à 80% d’assigné·e·s filles. Peut-être aussi parce que j’ai commencé à m’ouvrir un peu plus au féminisme. Mais ce n’est qu’à 21 ans que j’ai réellement mis les pieds dans l’univers virtuel militant. Comme j’en parle dans cet article, c’est d’abord en me questionnant sur mon rapport à ma poitrine et aux soutien-gorges que je me suis rapprocher du milieux féministe. Rapidement, j’ai croisé des personnes non-binaires et j’ai débuté ma déconstruction sur les identités de genre, pour en venir à la conclusion que je n’étais pas une fille cis.

Et c’est seulement à partir de ce moment que j’ai commencé pleinement à me laisser le droit d’avoir les intérêts que je voulais. J’ai pleinement embrassé ma grande passion pour le maquillage et même que récemment, j’ai acheté des vêtements… roses! J’avais déjà eu les cheveux roses, mais à mon sens, ce n’est pas la même chose. Bref. Maintenant, je me laisse le droit de faire ce que je veux. Et si ce n’est pas une forme de libération, je ne sais sincèrement pas qu’est-ce qui pourrait l’être plus. Le genre n’est pas une chaîne. Les stéréotypes le sont et le mépris pour les stéréotypes « féminins » nuit grandement à toustes les assigné·e·s filles et aux personnes trans. La force du féminisme, du moins une certaine branche du féminisme un peu plus mainstream (pour le meilleur et pour le pire), c’est, je crois, de se réapproprié la féminité et de la mettre en valeur. Une féminité qui n’est pas exclusive aux femmes (cis comme trans) mais qui est réellement inclusive.

Et c’est précisément là où ça coince. Même si j’accepte mieux ma part de féminité, que je refuse de dévaloriser ce qui est considéré comme étant « féminin » et que je comprend en quoi c’est important d’en être fier·e… et bien, je ne suis toujours pas une fille pour autant. C’est un peu difficile à expliquer, mais c’est juste qu’au final, ça sonne faux. J’ai tenté de décrire mon genre du mieux que j’ai pu, sauf que ça n’explique pas vraiment pourquoi je me sens ainsi. Tout ce que je sais, c’est que depuis que j’ai mis des mots sur mon ressenti, d’un côté je me sens mieux, mais d’un autre, toute remarque cissexiste m’atteint cent fois plus qu’avant.

Ainsi, lorsque je me retrouve dans un espace majoritairement composé de femmes cis, ça peut devenir rapidement très aliénant. J’ai l’impression de manger un coup de pelle à chaque fois que je lis quelque chose comme « allo les filles » ou « les femmes [situation X] » (alors qu’on parle d’une situation que je vis aussi). À un moment donné, j’en peux juste plus du tout. C’est indécent aussi de me dire que je devrais me sentir inclus·e dans un pluriel féminin. Évidemment, je dis pas que c’est mieux d’inclure tout le monde dans un pluriel masculin, mais alors pas du tout. L’écriture inclusive, ça sert précisément à ça, à arrêter de considéré le masculin comme étant le « par défaut » et d’inclure les femmes et les personnes non-binaires. Je sais bien non plus qu’on peut pas s’attendre à ce que tout le monde maîtrise l’écriture inclusive. Mais pourquoi devoir absolument dire « les femmes » plutôt que « les gens » ou « les personnes »? Pour vous, les femmes cis, c’est un réflexe à modifier, alors que pour nous, les personnes trans, c’est un coup de pelle en moins dans notre journée. Nous sommes constamment marginalisé·e·s dans la société. Alors, lorsqu’on arrive dans un espace féministe qui se veut safe, et bien on a cette drôle d’idée de penser que les gens vont faire un minimum d’effort pour qu’on s’y sente inclus·es. Ça fait mal lorsqu’on se rend compte que ce n’est pas le cas. Imaginez deux secondes ce que ça fait de penser être dans un espace où notre parole sera prise en compte et respectée, pour se rendre qu’en fait ce n’est pas vraiment le cas.

Je l’ai dit plus haut, mais j’avais un problème avec les « autres » filles, en plus d’être anti-féministe. Je pense que, bien que ça soit en partie parce c’est mal vu par les médias de masse d’être féministe, c’était aussi parce que, encore là, je ne me sentais pas inclus·e. Et c’est terrible, parce que ça exclu des personnes concernées par le sexisme. C’est pour ça que la représentation, c’est extrêmement important. C’est important de sentir qu’on existe et qu’on reconnaît notre existence. C’est important de sentir que notre parole est prise en compte.

C’est difficile de parler lorsque t’es trop occupé·e à devoir constamment rappeler que tu existes. Même que j’en viens à me sentir mal, parce que j’ai l’impression de ne parler que de cissexisme et pas assez de sexisme. Sauf que j’ai plus ou moins le choix, j’en ai l’impression. Je ne peux pas faire comme si ça ne faisait pas partie de ma réalité. Ça serait clairement plus facile à expliquer et plus simple à comprendre. Des nuances, ça rajoute toujours une touche de complexité. Mais je peux juste pas. J’aurais encore l’impression de cacher une partie de mon identité, alors que je suis forcé·e de la cacher 95% du temps dans la vraie vie, parce que je ne suis pas out auprès de la plupart des gens. Alors, je le rappelle encore et encore que nous existons. Et j’invite les femmes cis à le faire aussi. Par exemple, vous partagez une publication qui parle de menstruations et qui l’associe aux femmes (cis), et bien, vous pouvez la partager en mentionnant tout de même qu’elle est cissexiste. L’important, c’est de le dire. Peut-être qu’un jour, on va l’avoir tellement répéter que le message va finir par être entendu.

Je veux juste qu’on arrête de faire comme si le féminisme ne concernait que les femmes. Ça concerne toute personne qui n’est pas un homme cis. On a pas à accepter d’être réduit·e·s à notre assignation de naissance parce que c’est plus pratique pour parler de sexisme et pour lutter contre le patriarcat. Nous ne sommes pas des concerné·e·s de second plan, nous subissions tout autant le patriarcat que n’importe quelle femme cis, alors nous avons définitivement notre place dans le mouvement. Êtes-vous prêtes à nous laisser cette place? C’est là où tout se joue.

L’aliénation, la misogynie intériorisée et les féministes cis

Mon genre? Mon genre à moi, il est violet!

violet_bokeh_by_dyingbeautystock

Source de l’image : http://clarabellafairestock.deviantart.com/art/bring-violet-and-blue-bokeh-112657048


 

Dans cet article, je vais tenter d’expliquer comment je conçois et vis mon identité de genre. Ça m’a pris pas mal de temps pour être capable de la nommer. D’abord, je précise que j’ai été assigné·e fille à la naissance, et que je savais que je n’étais pas un garçon. Alors, pendant longtemps, j’ai été une fille « par défaut ».

Quand j’ai découvert qu’on pouvait être autre chose qu’un garçon ou une fille, j’ai commencé à fouiller en moi pour mieux me comprendre. Sauf que le problème, c’est que plus je lisais sur les définitions d’identités de genre un peu plus « connues » (c’est un bien grand mot dans l’univers des genres non-binaires), plus j’étais confus·e.

Bien que je comprenne de manière théorique et objective ce que c’est d’être agenre, androgyne, genderfluid, demi-girl/demi-boy, etc, voir même femme ou homme, je n’arrive pas à le comprendre de manière viscérale… C’est donc que ça ne me correspond pas vraiment. Ainsi, j’ai décidé d’inventer mon propre genre, qui me correspondrait réellement. J’accorde une grande importance aux mots, j’ai besoin de les « sentir », je ne suis pas satisfait·e sinon. On appel les genres qui ont recourt à une métaphore un xénogenre. Pour en savoir plus sur les xénogenres, je vous invite à aller lire cet article.

Je me définis en tant que transviolet. Oui, je sais, c’est un peu surprenant. Je l’ai d’abord définis ainsi (ce n’est qu’une ébauche) :

Mélange de féminité et de masculinité, donc s’identifiant à un ou plusieurs genres en lien avec le féminin, le masculin et/ou l’androgynie. Un mystère à résoudre et la nécessité d’introspection liée à la recherche de son identité de genre. Accorde de l’importance aux rêves, qui peuvent fournir des réponses à cellui qui est en quête d’ellui-même.

Pour moi le violet, c’est un mélange de bleu et de rose, qui sont des couleurs stéréotypiquement associées aux garçons et aux filles, donc dans ma tête le violet est une couleur neutre puisqu’elle combine les deux. Je me réfère aux stéréotypes de genre justement parce que j’aime jouer avec ces codes. Il y a quelque chose de léger et de féerique dans le violet. Et en même temps, ça symbolise aussi le mystère, la spiritualité et la vie onirique. Par rapport à mon genre, je sais que j’ai besoin de beaucoup d’introspection pour savoir comment je me sens tel ou tel jour… et pourtant j’ai l’impression de ne jamais en être complètement certain·e.

Je nomme mon genre transviolet, parce que ça sonne mieux que genre-violet ou violet-genre, et que ça me rappel transféminin·e/transmasculin·e. Ça donne donne l’impression que je transitionne vers le violet, et c’est un peu ça, j’en ai l’impression, aussi singulier que ça puisse paraître.

Concrètement, la plupart du temps, je fais semblant d’être une fille cis. Sinon, pour les gens un peu plus déconstruits et en qui j’ai confiance, je dis tout simplement que je suis non-binaire. J’explique seulement que je suis transviolet si je me sens en sécurité et écouté·e.

Depuis que je me dis transviolet, je me sens plus en paix. Et, à mon sens, c’est le plus important. Certaines personnes ont une opinion très négative des xénogenres, pour plusieurs raisons. Si tel est le cas pour vous, je vous suggère fortement d’aller lire cet article. Quoi qu’il en soit, moi, ça m’enlève un stress énorme et j’ose enfin me revendiquer trans et militer activement contre la transphobe, le cissexisme et l’enbyphobie (enby = non-binaire). Je ne crois pas blesser qui que ce soit, bien au contraire. Alors voilà.

Je suis transviolet.

Mon genre? Mon genre à moi, il est violet!

Des seins et des regards

braless_robefleurieAu fil et à mesure de ma déconstruction, mon rapport à mon corps a énormément changer. Pour ce qui est de ma poitrine, la perception que j’en ai a radicalement changée.

D’abord au primaire je regardais les filles qui développaient déjà de la poitrine et j’étais un peu jalouxe de leur popularité. La mienne aussi s’est développée éventuellement… pour devenir un 34A. Pour les gens d’Europe qui me lisent, je crois que ça correspond environ à du 75A. C’est pas grand-chose.

J’avais cependant une amie qui avait une poitrine encore plus petite que la mienne… Sauf qu’elle était très mince, très grande, ses cheveux étaient très lisses… et elle était vraiment très belle. Bref, elle avait largement de quoi compenser. Alors que moi bah je m’habillais mal, je suis pas très grand·e, pas gros·se mais pas particulièrement mince non plus, mes cheveux sont naturellement très bouclés mais comme à l’époque je savais pas comment m’en occuper ils étaient vraiment pas très beaux. En plus d’être super maladroit·e (et évidemment mon amie, elle, elle était super agile, du genre qu’elle faisait des acrobaties comme au cirque). Je me sentais trop laid·e et je croyais que je méritais l’amour ou l’amitié de personne.

Le problème ce n’était pas non plus seulement la taille de mes seins, mais surtout leur forme. Voyez-vous, dans les médias, on représente toujours le même type de seins : bien ronds, bien symétriques, bien haut, ni trop gros ni trop petit, surtout pas avec des vergetures. Or, moi j’ai tout le contraire de ça et je suis loin d’être la seule personne à avoir des seins qui ne correspondent pas du tout à cette image. En premier lieux parce que ça correspond pas mal à des seins de jeune personne et que bah manifestement on est pas toustes jeunes. Ensuite, parce que dès qu’on voit une paire de seins qui ne correspond pas exactement à cette norme, ils y correspondent quand même sur plusieurs points. Vous en voyez beaucoup vous des seins tubéreux, asymétriques, tombants, très petits ou très gros et avec des vergetures, tout ça en même temps? Si en plus on ajoute à ça que y’a des gens qui ont des cicatrices sur la poitrine, comme par exemple des cicatrices d’opérations au coeur (coucou) ou du cancer du sein, bah bonne chance trouver des images qui nous représentent.

Dans mon cas, j’ai une cicatrice d’opération au coeur qui passe sous mon aisselle gauche et elle touche un peu par la même occasion à mon sein gauche… Et je ne sais si c’est lié à ça, mais mon sein gauche est beaucoup plus tombant que le droit. Sauf j’ai l’impression que c’est le cas, puisque clairement les muscles en dessous ont été sectionnés et surtout parce que je suis incapable de faire des push-ups, ça tire beaucoup trop au niveau de ma cicatrice et j’ai toujours l’impression qu’elle est sur le point de déchirer.

Donc avec tout ça, je ressentais le besoin de mettre des soutien-gorges très rembourrés. Non seulement pour donner l’impression d’avoir de plus gros seins, mais aussi pour avoir des seins ronds et symétriques. J’avais terriblement peur de sortir sans rien et qu’on voit mes seins « bizarres ». Ainsi, pendant des années, c’est ce que j’ai fait. Avec le temps, très doucement, j’ai commencé à m’accepter un peu plus. Mais un jour un garçon qui voulait me faire du mal a parlé de mes seins « difformes » et ça m’est resté dans la tête. Clairement c’était absolument gratuit et il voulait juste me blesser… et ça a fonctionné.

Ce qui m’a vraiment aidé, ça a clairement été de cesser de porter un soutien-gorge. D’ailleurs c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser au féminisme (et au véganisme par extension) de plus près. Je sais pas trop comment, mais un jour j’ai pris conscience que je mettais plus vraiment de soutien-gorge lorsque j’étais chez moi, mais que j’en mettais pour sortir. Alors, je me suis mis·e à faire des recherches et j’ai compris qu’il n’y avait aucune raison médicale à porter un soutien-gorge, c’est purement une norme esthétique. Et comme toute norme esthétique, je crois qu’on devrait être libre de faire les choix qui nous conviennent.

Or mettre des soutien-gorges ça ne me convenait pas du tout. Ça me causait manifestement des problèmes psychologiques, puisque je n’arrivais pas à accepter la forme naturelle de mes seins, mais aussi carrément physiques, car ça me faisait mal au dos en plus de me donner une mauvaise posture (qui à son tour augmente les douleurs au dos, youpi!).

Donc j’ai arrêté d’en mettre vers octobre 2014. Suite à ça, j’ai rejoint des groupes sur ce thème sur Facebook et je me suis rapproché·e des milieux féministes et militants. Ce qui a fait en sorte éventuellement que j’ai entendu parler pour la première fois de la non-binarité dans le genre. Je connaissais déjà des trans « binaires », mais je ne savais pas qu’on pouvait être autre chose qu’un homme ou une femme. Je savais que je n’étais pas un homme, donc pour moi, être femme, c’était mon identité « par défaut ». Ça a été l’illumination. À partir de là, j’ai sérieusement commencé à réfléchir à mon identité de genre et c’est comme ça que ma vision du corps humain a commencé à changer.

Et par extension, la vision que j’ai de mon propre corps. Aujourd’hui, ça me fait vraiment bizarre de mettre un soutien-gorge. Esthétiquement, je trouve ça intéressant, mais je me sens pas moi-même. Tandis qu’avec un binder (un sous-vêtement pour compresser la poitrine notamment utiliser par les hommes trans et les personnes non-binaires AFAB), ça me plait esthétiquement et je me sens bien. Bon, c’est pas le truc le plus confortable au monde, on se le cachera pas. Le mieux reste définitivement de ne rien mettre. Mais j’oserais dire que je préfère mettre un binder plutôt qu’un soutien-gorge, puisqu’on moins le binder compresse de manière plus égale, alors qu’un soutien-gorge crée des points de pression. Il faut aussi que je mentionne que j’ai celui de la marque GC2B, qui est considéré comme l’une des marques les plus confortables dans le milieux (et que j’étais un peu entre deux grandeurs et que j’ai choisi la plus grande).

Je crois que j’ai juste vraiment essayer de me conformer à une norme sans y parvenir. Et maintenant je n’ai tout simplement plus l’envie de m’en inquiéter. Je suis très loin de mettre un binder à tous les jours et je ne met plus jamais de soutien-gorge, tout simplement parce que j’adore être confortable. Lorsque je me regarde nu·e dans le miroir, je ne me dis plus ce que ma poitrine devrait être. Ma poitrine est celle d’une personne non-binaire donc elle peut littéralement ressembler à n’importe quoi. J’aurais bien sûr pu avoir la même réflexion si j’avais eu une poitrine de femme cis, mais je ne sais pas si j’en serais venu·e à cette conclusion si je n’avais pas chercher à déconstruire mon propre cissexisme intériorisé. Ou peut-être que ça m’aurait pris beaucoup plus de temps.

Je serais malhonnête si je ne mentionnais pas le fait que mon copain m’a énormément aidé là-dessus aussi. Quand il dit qu’il aime mes seins et qu’il les trouve beau, il semble réellement sincère. La plupart des gens (surtout des hommes cis) me disaient que mes seins étaient beaux « quand même »… Jamais « beaux » tout simplement. C’est là la grande différence. Mieux encore, mon copain m’a même déjà dit que mes seins sont parfaits. Ça met un peu un pansement sur la blessure laissé par le dude qui m’avait dit que mes seins sont difformes. C’est super le travail sur soi-même, mais c’est vraiment génial lorsqu’on nous donne un peu d’aide aussi.

En résumé, c’est un mélange de pas mal d’éléments qui ont faits en sorte que j’apprécie un peu plus ma poitrine. Ce n’est pas encore parfait, bien sûr que non. J’ai de l’acné depuis pas mal d’années entre mes seins et je déteste ça, je me sens pas super à l’aise de mettre des décolletés pour cette raison. Bien sûr, ici je n’ai parlé que de ma propre expérience de personne non-binaire qui ne ressent pas de dysphorie par rapport à sa poitrine. N’y voyez surtout pas une injonction à aimer sa poitrine peu importe les circonstances, ce n’est absolument pas le cas. Je souhaitais en parler ici car je n’ai pas vu beaucoup de témoignages similaires au mien. Mes seins sont petits, oui, mais c’est beaucoup, beaucoup plus complexe que ça. J’espère avoir contribué, au moins un tout petit peu, à votre propre réflexion :3

Des seins et des regards

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]

Ce texte est une traduction de l’article en anglais “Beyond the binary : Yes, nonbinary femmes exist”

Lorsque vous voyez une personne avec de larges hanches, des seins, de longs cheveux et du maquillage, peut-être pensez-vous que cette personne est une femme ― surtout si elle porte une robe ou une jupe, un haut flottant, des talons hauts, rappelant les principales caractéristiques d’une expression perçue comme étant « féminine ». Et bien, j’ai une nouvelle pour vous : les non-binaires fem existent, et iels sont fatigué-e-s d’être effacé-e-s (« Fem » peut signifier une personne lesbienne dont l’expression et les comportements sont qualifiés de traditionnellement « féminins ». Selon une autre définition, « fem » peut signifier des personnes assignées fille à la naissance, généralement des féministes, qui sont conscientes de « performer » la féminité, ayant une conscience des rôles de genre et ne s’identifiant pas forcément au genre féminin). De plus, il y a beaucoup de misogynie à déconstruire dans la manière dont les personnes non-binaires sont représentées. J’ai déjà écrit sur ces sujets, mais la mémoire des internautes est courte, et un petit rafraîchissement pourrait clairement être bénéfique pour beaucoup de personnes.

Donc, révisons. Un pourcentage relativement petit de la population s’identifie en tant que transgenre, avec une identité de genre qui ne s’aligne pas avec le genre assigné à la naissance ni le sexe (N.B. : c’est une définition extrêmement simplifiée). Plusieurs de ces gens ont une position binaire ― ce sont des personnes qui ont été assignées garçon parce qu’elles sont nées avec un pénis par exemple, alors qu’elles sont en fait des femmes. Certain-e-s choisissent de transitionner, à différent degrés ; il n’est pas question d’être « assez trans » ou d’atteindre un certain point pour qu’on puisse soudainement avoir son visa du genre et être approuvé-e-s au pays des hommes ou des femmes.

Et ensuite il y a des gens qui sont non-binaires ― cependant ce ne sont pas toutes les personnes qui n’entrent pas dans la binarité qui s’identifient comme telles, et ce terme est principalement occidental et prend racine dans la conception occidentale du genre et de l’identité. Ces gens se trouvent sur un spectre, ou complètement en dehors de celui-ci, utilisent une grande variété de termes pour se décrire, et parfois en les codifiant encore plus ― un-e butch (généralement, une lesbienne adoptant une expression dite « masculine ») genderqueer, par exemple. Cependant, voilà le problème : la plupart du temps, on représente les non-binaires comme des gens avec des hanches étroites, une poitrine relativement plate et une petite carrure.

Beaucoup présentent aussi des éléments masculins.

Ce qui est très bien. Le spectre des genres non-binaires inclut un large éventail d’apparences et d’expressions du genre. Mais c’est troublant que dans la société en général, seulement une très petite partie de la population est traitée et présentée en tant que non-binaire. Si nous devons en croire les projets artistiques qui prétendent documenter la vie de non-binaires, les gens non-binaires ne sont pas gros-se-s, iels n’ont pas de seins ni de hanches. Iels se présentent de manière principalement masculine, peut-être avec une apparence un peu efféminée. Peut-être que certain-e-s ressemblent vaguement à une femme butch, mais les non-binaires fem sont invisibles, et quand iels essaient de s’affirmer et de parler de leur identité, iels sont souvent traité-e-s très durement.

En d’autres mots, iels subissent la même antiféminité que les femmes doivent endurer, où  l’expression du genre féminin est méprisée et sous-estimée. Ce qui est incroyablement misogyne, car cela revient à dire que les femmes qui s’intéressent au maquillage, qui portent des robes ou qui aiment les talons hauts valent moins en raison de leur féminité. Cela devrait troubler celleux qui pensent de cette manière et qui affirment être concerné-e-s par la question du genre, mais ce n’est pas le cas.

Les non-binaires fem sont constamment mégenré-e-s, étiquetté-e-s de force en tant que femmes même lorsqu’iels corrigent les gens. Leurs pronoms préférés sont ignorés et les gens les traitent comme des femmes dans les contextes sociaux ou politiques. Les gens tentent de réprimer l’expression de leur travail et de leur personne, de les exclure des espaces trans et d’effacer leur présence. Les non-binaires fem se retrouvent donc isolé-e-s, laissé-e-s à elleux-mêmes avec leur genre. Si vous ne voyez jamais personne qui vous ressemble parler des choses que vous subissez, c’est vraiment très difficile d’en venir à les accepter.

Si vous êtes mal à l’aise dans l’identité de femme, mais que tout le monde vous dit que vous êtes une femme, vous pourriez avoir de la difficulté à vous voir en tant que non-binaire. Et quand vous vous tournez vers des ressources pour la communauté trans dans le but d’explorer votre identité de genre, vous pourriez voir qu’aucun des corps qui y sont représentés ne ressemble au vôtre. Dans une communauté qui est prétendument diverse et complexe, vous êtes rejeté-e-s et traité-e-s comme un déchet, ou même comme un-e imposteur. Les non-binaires fem, voyez-vous, sont seulement des personnes qui veulent se sentir uniques et spéciales, qui veulent le beurre et l’argent du beurre, s’habillant comme des femmes et profitant d’un privilège de « passing » cis, tout en se réclamant d’une identité marginalisée.

Les choses sont bien plus complexes que ça, comme les non-binaires fem le savent. Cela peut être incroyablement stressant de vivre, bouger et agir dans les marges d’une société qui vous répète sans cesse que vous n’existez pas, et qui efface sans cesse votre identité. Plusieurs non-binaires fem se battent avec des problèmes comme la dépression et autres maladies mentales ; les personnes trans en général sont déjà plus à risque d’être confronté-e-s à une maladie mentale, merci à la transphobie largement répandue, et cela se manifeste de plusieurs façons (les femmes trans en particulier sont extrêmement à risque pour la dépression et les idées suicidaires), mais les non-binaires fem sont, encore une fois, effacé-e-s.

Le genre est divers, magnifique et fascinant. Aujourd’hui, nous parlons plus que jamais du grand spectre des genres et de la culture, ce qui est fantastique. Mais nous devons aussi parler du fait que certains groupes sont exclus de la conversation, et en quoi c’est nuisible. Répéter sans cesse qu’iels ne sont pas « assez trans », qu’iels n’existent pas, qu’iels ne méritent pas d’être respecté-e-s et considéré-e-s, c’est dangereux. Et tant que nous ne briserons pas les mythes entourant les non-binaires fem, nous ne pourrons pas nous engager dans la prochaine étape sociale et culturelle pour créer un meilleur monde pour elleux et les autres.

Cela veut dire qu’il faut parler ouvertement des identités non-binaires féminines et ne pas tolérer/être intransigeant-e avec la transphobie. Parce que les personnes qui se posent des questions sur leur identité de genre ont besoin d’un endroit où en parler et iels ont besoin de savoir que les gens sont là pour les soutenir. Voir des gens avec des corps et des identités similaires aux nôtres peut être incroyablement bénéfique, et cela peut être vécu comme deux pièces d’un même casse-tête qui finissent enfin par s’emboîter parfaitement l’une dans l’autre. Voir des gens rabaissé-e-s pour qui iels sont, par contre, peut vous faire vous précipiter dans le coin le plus sombre du placard, effrayé-e-s à l’idée d’échanger avec votre communauté et de vous présenter tel-le que vous êtes.

L’ « androgynie » ne veut pas dire « ressembler à un homme efféminé ». Ça veut dire ce que ça veut dire pour vous. Les non-binaires fem existent ― et c’est le devoir de tous-tes de créer des espaces safes pour elleux.

Au delà de la binarité : Oui, les non-binaires fem existent [TRADUCTION]